12 août 2026 | Mise à jour le 12 août 2026
À Tarascon (13), les salariés de Fibre Excellence sont confrontés à une situation aussi absurde que dangereuse : licenciés après la liquidation du site, ils sont pourtant rappelés à leur poste pour assurer la sécurité d'une usine qui abrite encore 6 000 m³ de produits dangereux. La CGT organisait aujourd’hui une conférence de presse à Tarascon afin de remettre au centre du débat les solutions élaborées depuis plusieurs mois avec les salariés pour relancer l’activité.
La scène résume à elle seule l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui Fibre Excellence à Tarascon. Les quelque 270 salariés du fabricant de pâte à papier ont reçu leur lettre de licenciement, mais les mandataires judiciaires leur demandent dans le même temps de revenir travailler. La raison : personne n'est actuellement en mesure de prendre en charge correctement un site industriel qui renferme encore d'importantes quantités de produits dangereux.
« Dans notre process industriel, on utilise des produits toxiques, de la soude, de l'acide et d'autres produits spécifiques. Actuellement, il y a 6000 m³ de produits sur site », explique Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT Fibre Excellence : « Si on retire les personnels du jour au lendemain, personne ne peut garantir qu'il n'y a pas un risque. »
Le problème ne se limite pas aux prochaines semaines. Certains postes nécessitent jusqu'à un an de formation pour être maîtrisés en sécurité. « Il n'est pas imaginable de transmettre ces outils à une société extérieure qui ne pourra pas s'en charger avec quelques jours de formation », alerte le délégué CGT. Et lorsque les licenciements seront effectifs, « que fera-t-on du site ? Qui va gérer ? »
Pour Jean-Michel Bulinge, cette situation révèle surtout l'absence d'anticipation depuis la décision du tribunal de commerce du 27 juillet qui a rejeté la proposition de reprise. Une décision qui n'est pas comprise par les salariés et les laisse dans un état de sidération : « C'est aussi un scandale de demander à des gens qui ont été licenciés de venir travailler. Rien n'a été anticipé », dénonce-t-il. La CGT interpelle directement les responsables politiques : « Les élus politiques doivent répondre à nos sollicitations. Nous leur avons adressé plusieurs courriers or aujourd'hui c'est silence radio. »
Des solutions industrielles existent
Pour autant, la conférence de presse organisée ce 12 août à Tarascon ne se résumait pas à dénoncer les dangers immédiats et les conséquences de la liquidation. La CGT veut remettre au centre du débat les solutions élaborées depuis plusieurs mois avec les salariés.
La CGT s'appuie notamment sur le travail réalisé dans le cadre de l'expertise économique menée pour les représentants des salariés. Un rapport du cabinet Secafi avait conclu à la crédibilité du projet de reprise porté par l’homme d’affaires Matthieu Pigasse et ses partenaires. La proposition reposait sur un redémarrage des deux usines (Tarascon et Saint-Gaudens en Haute-Garonne qui comprend environ 300 salariés), mais aussi sur une transformation progressive de leur production vers des marchés à plus forte valeur ajoutée comme la pâte à papier « fluff », destinée notamment à la fabrication de produits d'hygiène, ainsi que les emballages en papier recyclable et biodégradable. L'objectif : réduire la dépendance de l'entreprise aux marchés traditionnels de la pâte à papier et construire de nouveaux débouchés.
C'est précisément ce que rappelle aujourd'hui Jean-Michel Bulinge : la disparition du site n'est pas une fatalité industrielle. « Pourtant, il y a des solutions , ce site peut repartir. »
Cette affirmation rejoint le contenu du courrier adressé le 22 juillet au président de la République Emmanuel Macron par Sophie Binet, Marylise Léon, Frédéric Souillot, premiers dirigeants de la CGT, de la CFDT et FO, mais aussi des élus locaux. Les signataires y affirment que « ce qui manque aujourd'hui, ce n’est ni un investisseur, ni un projet industriel », mais une intervention de l'État pour rétablir les conditions économiques nécessaires à la reprise. Un projet de diversification devait notamment permettre « dès 2028, d'ouvrir de nouveaux marchés ».
Le courrier mettait également en cause le déséquilibre du marché du bois. Selon ses signataires, les politiques publiques ont entraîné une hausse de 50 % du coût du bois, représentant pour Fibre Excellence un surcoût de plus de 25 millions d'euros par an. La revalorisation du contrat CRE, estimée à 8,5 millions d'euros annuels, ne suffisait donc pas à compenser ce handicap. Pour rendre le projet viable pendant la phase d'investissement, le courrier demandait environ 20 millions d'euros supplémentaires par an.
Les élus politiques doivent répondre
Le courrier à Emmanuel Macron demande une « vraie table ronde » réunissant le ministère de l'Industrie, les salariés, les élus locaux, la filière bois et l'investisseur. La CGT propose aujourd'hui de nouveau la constitution rapide d'un comité associant salariés, collectivités, acteurs économiques, filière forêt-bois et partenaires institutionnels afin de construire les conditions d'un avenir industriel pour le site et vient également d’interpeler le président de la Région Sud Renaud Muselier sur ce sujet.
Pour Jean-Michel Bulinge, l'urgence est donc double : garantir immédiatement la sécurité de l'usine et empêcher que la liquidation ne conduise à la disparition définitive de l'outil industriel avec un impact potentiel sur près de 10 000 emplois en France. Pour ce qui concerne le site de Saint Gaudens, le groupe alsacien Soprema s’est positionné le 30 juillet pour reprendre l’usine, le tribunal de commerce rendra son avis le 8 septembre.