« Il faut qu’on aille jusqu’au bout » : le jour où la mobilisation lycéenne a pris la place de la Bastille

Après plusieurs semaines de blocus et différentes mobilisations ces derniers jours, les lycéens étaient rassemblés sur la place de la Bastille, à Paris, ce jeudi 8 octobre, pour demander de meilleures conditions d'études. Un mouvement qui persiste sans faiblir face à l'absence de réponse politique.

Par Elias Amarouche
Par Elias Amarouche
Publié le 9 octobre 2026
Manif lycéenne Bastille 08/10
Un nouveau rassemblement lycéen a pris place à Bastille, le 8 octobre 2026. Crédit : Elias Amarouche.

« Ils nous ont délaissés pendant trop d’années pour qu’on continue de fermer notre bouche. » Lycéenne à Blaise-Cendrars, à Sevran, en Seine-Saint-Denis, Kayla est présente sur la place de la Bastille, à Paris, ce jeudi 8 octobre, lors du dernier rassemblement d’un mouvement qui a gagné les établissements scolaires de tout le pays. Elle continue : « On a conscience de tout ce qu’on fait, de tout ce qu’on entreprend, et tant qu’on ne nous écoute pas, on ne va jamais s’arrêter, quoi qu’il arrive. » Après plusieurs semaines de mobilisation nationale, l’adolescente participe à la manifestation avec plusieurs de ses camarades. Parmi eux, Abdelhakim explique la ténacité du mouvement : « Si on rate des semaines de cours pour se mobiliser, c’est que ça en vaut la peine. Il faut qu’on aille jusqu’au bout. »

Cruelle inertie

Ce qui frappe le plus en les écoutant : le sentiment que rien ne bouge. Et côté lycéens, ce n’est pas faute d’essayer. Présents à Bastille, ils sont plusieurs élèves de ce lycée polyvalent Blaise-Cendrars de Sevran à s’être impliqués dans le cadre d’un collectif, porteur d’un projet visant de meilleures conditions d’études. Son nom : Arvello (consultable ici). Ces travaux recensent à la fois les demandes touchant à la vie quotidienne dans l’établissement de Seine-Saint-Denis, planchent sur la manière de rénover les infrastructures vétustes ou non adaptées mais cherchent aussi à repenser les procédures d’admission dans l’enseignement supérieur. 

Des revendications très largement partagées par l’ensemble du mouvement. Killian, étudiant en BTS au lycée Jean-Vilar, à Meaux (Seine-et-Marne), raconte : « On étudie dans des conditions désastreuses. Dans nos toilettes, il n’y a pas de portes, pas de lumière, et on n’a plus le droit au téléphone donc on ne peut plus s’éclairer pour faire nos besoins, c’est scandaleux. » Installations, personnel… Killian déplore les nombreuses insuffisances de son lycée : « On a un gros manque de profs, pas de moyens, les fenêtres sont cassées, on ne peut pas les fermer. Ça veut dire qu’en hiver on a froid, on sent l’air passer quand on est à côté des fenêtres. C’est déplorable. Comment on peut avancer dans de telles conditions ? »

Les soutiens au rendez-vous

Face à l’absence de réponse politique – dans la soirée, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé le déploiement dans les prochains jours de 3000 enseignants dans les bahuts les plus en difficulté –, la mobilisation lycéenne se renforce donc, épaulée désormais par les syndicats, au premier rang desquels la CGT, mais aussi par un grand nombre d’étudiants du supérieur, dont certains évoluent parfois dans des établissements plus favorisés.

Étudiante à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, Mounia affiche son soutien au mouvement en cours depuis mi-septembre. « Nous, qui sommes dans une école privilégiée, on vient pour montrer aux lycéens qui sont vraiment dans la galère qu’on est avec eux. Le fait de voir d’autres gens se mobiliser, ça peut faire un effet boule de neige, c’est beau à voir. Dans le contexte actuel c’est hyper important de se rassembler, de se montrer unis », analyse-t-elle. Un soutien apprécié par Younes, lycéen à Sevran : « Au moins, on sait qu’on n’est pas tout seuls à militer parce qu’on mérite d’avoir nos droits. Ça nous donne de la force. »

Après plusieurs semaines de mobilisation, les lycéens poursuivent leur mouvement malgré la violente répression policière – au 5 octobre, on comptait déjà 215 lycéens blessés, un chiffre qui semble ne pas avoir été actualisé depuis –, et un traitement médiatique mettant plus en avant casses et tensions que leurs revendications et souvent ressenti comme une tentative de discréditer la mobilisation. Mais les lycéens et leurs alliés ne s’en laissent pas compter, et se projettent déjà sur la prochaine grande journée de manifestations, prévue le 13 octobre.

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