« Pour vivre, il faut toujours plus » : en Dordogne, un 5-novembre du pouvoir d'achat et des détresses rurales

À Périgueux et Bergerac, en Dordogne, la mobilisation du 5 novembre, qui a rassemblé 1,6 million de personnes en France, a vu défiler plusieurs milliers de manifestants. Dans une ambiance festive, ils ont pu affirmer des revendications qui résonnent tout particulièrement dans le monde rural.

Par Ludivine Benard
Hugo Ruher
Par Ludivine Benard
Hugo Ruher
Publié le 5 novembre 2026
périgueux
À Périgueux, la manifestation a réuni près de 3500 personnes. Crédit : Hugo Ruher

En cette matinée grisâtre du jeudi 5 novembre, le palais de justice de Périgueux accueille un stand CGT où quelques dizaines de personnes commencent à se rassembler autour d’un café. Puis tout bascule à l’arrivée des lycéens. Les drapeaux des différents syndicats présents (CGT, FO, Unsa, CFDT) se mêlent à d’autres, plus bariolés, où l’on voit en bonne position le crâne au chapeau de paille cher au manga One Piece.

Le choc des générations se joue aussi dans la playlist, lorsque Renaud laisse place à Planète Boom Boom et à d’autres sons de rap et d’électro. Aujourd’hui, l’intersyndicale appelle au rassemblement et a organisé un parcours à travers la ville, mais ce sont les lycéens les véritables stars. « L’idée est de leur laisser leur indépendance, détaille le secrétaire général de l’UD CGT 24, Mathieu Le Roch. Nous faisons le cortège, et nous avons prévu un passage devant un lycée pour qu’ils puissent prendre la parole et détailler leurs revendications. »

« Nos salaires ne bougent pas »

Alors que le cortège s’élance, d’abord clairsemé puis avec de plus en plus de participants jusqu’à atteindre 3500 personnes (2700 selon la préfecture), les prises de parole reflètent les préoccupations propres au monde rural. Frédéric et José, retraités, sont venus dénoncer l’absence de services publics : « Nous habitons à trente minutes de Périgueux, nous devons faire toujours plus de route pour trouver une poste, un centre des impôts, ou encore un médecin. Et l’essence est de plus en plus chère. »

Même chose du côté de Cynthia, qui travaille dans le secteur de la santé : « Nos salaires ne bougent pas, nos conditions de travail empirent, et le pire, c’est que tous le biens de première nécessité deviennent hors de prix. Aujourd’hui, pour vivre correctement, il faut toujours plus. » Au micro, Mathieu Le Roch abonde dans leur sens : « Nos aînés ont du mal à se soigner, et nos jeunes à trouver une formation. » Les déserts médicaux et la disparition des services publics s’invitent sur bon nombre de pancartes.

Autre revendication : davantage de moyens pour lutter contre les effets du changement climatique. Sur un territoire fortement marqué par les canicules de cet été, lesquelles ont généré de nombreux incendies et de grosses sécheresses, la colère résonne tout particulièrement.

« Ce sont nous les travailleurs de demain »

Le défilé se déroule tranquillement, accompagné par la musique du camion de tête, qui alterne entre le son rap de Disarstar et son Siamo Tutti (hommage bien sûr au célèbre chant antifasciste) et une playlist plus traditionnelle, à base de Trust ou de Rage Against the Machine. Des musiciens, inspirés par l’Orchestre du Nouveau Monde, jouent aussi les slogans dans une ambiance de fanfare. Arrivés devant le lycée Jay de Beaufort, les jeunes prennent la parole. Ils réclament davantage de moyens pour leurs études, la fin de Parcoursup et un aménagement de leurs horaires d’études. Ils ajoutent : « Nous sommes solidaires avec les travailleurs d’aujourd’hui, car ce sont nous les travailleurs de demain. »

À Périgueux, la manifestation se termine rapidement après être revenue au point de départ. Mais l’après-midi, c’est à Bergerac que la fête se poursuit. Cette fois, les lycéens sont un peu moins présents, mais certains se font tout de même entendre. « C’est un peu moins structuré qu’à Périgueux, reconnaît Christophe Lavignerie, secrétaire général de l’UL CGT Bergerac. Mais ils sont les bienvenus parmi nous évidemment. » On recense qu’environ 800 manifestants ont pris le départ. De nouveau, la manifestation se disperse calmement et rapidement une fois le parcours terminé.

Dans le département, la journée a également été marquée par une manifestation à Sarlat, qui a rassemblé 500 personnes. À noter aussi, quelques mouvements plus matinaux devant les lycées. À Bergerac et Périgueux, les quelques dizaines de lycéens qui ont appelé à rejoindre la grève n’ont pas empêché ceux qui souhaitaient aller en cours d’accéder à leur établissement. « On a quand même réussi à avoir un peu de monde, se félicite Merryl. Et puis là, on sait que les profs sont en grève donc tout va bien ! »

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