Charges, lacrymo : à Lyon, 15 000 personnes ont marché pour les lycées... malgré la confusion

Après la forte mobilisation du 6 octobre où 25 000 personnes avaient défilé, 15 000 manifestants s’étaient une fois de plus donné rendez-vous à Lyon pour ce nouvel acte de la mobilisation lycéenne, étudiante et intersyndicale. La manifestation qui regroupait autant des lycéens que des étudiants, parents ou travailleurs de la fonction publique, est devenue chaotique à mi-parcours, avant d’être dispersée par la Préfecture.

Par Marie Albessard
Par Marie Albessard
Publié le 13 octobre 2026, modifié le 15 octobre 2026
Manif 13 octobre crédit Marie Albessard (1)
Le cortège de 15 000 personnes selon la CGT, 11 000 selon la Préfecture, s’est élancé de la place Guichard (Lyon 3) et devait rejoindre le CCVA de Villeurbanne. Crédit : Marie Albessard

Les témoignages des lycéens présents dans le cortège ce 13 octobre 2026 à Lyon se suivent et se ressemblent : des établissements comme autant de « passoires thermiques », des classes « surchargées », des profs absents non remplacés…

Si Clara est aujourd’hui étudiante à Lyon 2, elle se rappelle ses si proches années lycée, et n’avoir pas eu cours d’anglais toute l’année de 1ère ; Camélia, lycéenne près de Lyon, n’a pas eu de cours de maths pendant quatre mois ; son amie Jade parle de la « moisissure sur les murs » de son établissement… Bref, autant de récits qui résument à eux seuls les revendications de l’ensemble des manifestants.

Pour ce 4ème acte de la mobilisation lycéenne, le cortège lyonnais était moins nombreux que le 6 octobre (20 à 25 000 personnes) mais la mobilisation est demeuré forte, avec 15 000 personnes selon la CGT, 11 000 selon la Préfecture. Au total, dans le pays, ils étaient 480 000 selon l’intersyndicale de la jeunesse.

Le calme puis…

Alors que la première partie de la manifestation s’est déroulée dans le calme, la situation s’est compliquée à mi-parcours à la suite de dégradations : des charges, nombreuses, se sont succédé et la police a procédé à des jets de gaz lacrymo jusqu’à scinder le cortège. Le tout dans la confusion, bien sûr.

Puis, tandis qu’une tête de la manifestation se trouvait près d’une station-service, à quelques centaines de mètres de l’arrivée, la préfecture a fait donner l’ordre de dispersion. « Le cortège n’a pas pu arriver à destination. On a assisté à une stratégie très répressive et violente de la préfecture, dans la continuité de leur stratégie de maintien de l’ordre », souligne Ludovic Rioux, secrétaire à la politique revendicative de l’UD CGT 69. Celui-ci souligne également que plusieurs syndiqués ont été blessés par des coups de matraque et des projectiles et qu’une banderole de l’intersyndicale a été volée par la Police. La préfecture a indiqué avoir procédé à 9 interpellations. 

« Malgré tout, la participation massive est un signal encourageant à la veille des vacances scolaires, cela envoie un message positif pour les mobilisations à venir et nous conforte dans notre volonté syndicale d’ancrer le mouvement dans les entreprises sur les questions de salaires et de conditions de travail », estime Ludovic Rioux. 

« Au niveau politique, rien ne bouge » 

À quelques jours des vacances scolaires, Lambert Fournel, membre de la direction de la CGT Éduc’action Rhône, entretient lui aussi un état d’esprit combatif, se projetant déjà sur la suite du mouvement : « Vu la pauvreté des mesures annoncées par le gouvernement, on a tout intérêt à rester mobilisés. Quant aux 3 000 profs promis, j’attends de voir combien il en restera en décembre car des premières remontées que l’on a, ces profs sont envoyés parfois loin de leur domicile et pour enseigner des matières qui ne sont pas les leurs… »

Lambert n’est pas franchement le seul à penser ainsi. Parmi les étudiants et lycéens interrogés, aucun n’est conquis par les annonces du gouvernement. Mais la bataille de l’opinion, elle, a plutôt bonne figure d’après les marcheurs du jour : « On a l’impression d’être davantage entendus qu’au début du mouvement, que la population est avec nous, concèdent Livia et Clara, étudiantes en sciences sociales à Lyon 2, alors qu’une habitante lance des youyous à la foule depuis sa fenêtre. Par contre au niveau politique, rien ne bouge. »

Jade et Camelia, quant à elles, ont « l’impression qu’on nous écoute pour que le mouvement s’arrête. Les propositions du ministre sont bien belles mais nos revendications ne datent pas d’hier. On fait des lois pour interdire le téléphone ou l’abaya au lycée, mais qu’ils arrêtent de nous opprimer et s’occupent des vrais problèmes ! », s’énervent les deux amies. En fait, résume Elouan, lycéen de terminale dans un établissement du 3eme arrondissement de Lyon, « il faut un changement de mentalité politique, que l’éducation reprenne une place centrale ». 

Dans le cortège, de nombreuses personnes sont venues pour soutenir ces revendications : des personnels du service public, mais aussi d’autres branches (santé, métallurgie…) et des parents, comme Anne et Sophie du collectif « parents présents » créé il y a deux semaines et qui compte 240 membres sur une boucle Whatsapp. « On veut soutenir et accompagner nos enfants dans leur apprentissage de la vie démocratique. Par notre simple présence sur des blocages ou ici, on espère leur permettre de s’exprimer tout en désamorçant les tensions. » Ce mardi néanmoins, cela n’a pas suffi. 

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