Incinérateurs parisiens : ça chauffe pour les retraites
Depuis le 23 janvier, les incinérateurs parisiens sont à l’arrêt. Une mobilisation contre la réforme des retraites mais aussi des conditions de travail caractérisées par une pénibilité et une insalubrité de tous les instants.
Publié le 6 février 2020
Pour la neuvième journée d’action interprofessionnelle contre le projet de réforme des retraites, plusieurs centaines de milliers de manifestants ont à nouveau répondu à l’appel de l’intersyndicale et défilé dans les rues de nombreuses villes sur tout le territoire. « Retraites à points tous perdants et d’abord nos enfants » proclamait la banderole parisienne. Alors que le texte a démarré son parcours à l’Assemblée nationale, le mouvement de grève s’élargit à de nouveaux secteurs. Reportage auprès des grévistes de l’incinérateur de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).
Depuis le 23 janvier, les incinérateurs parisiens sont à l’arrêt. Une mobilisation contre la réforme des retraites mais aussi des conditions de travail caractérisées par une pénibilité et une insalubrité de tous les instants.
« Ici, on reçoit habituellement 2 600 tonnes de déchets par jour et chacun des trois fours en brûle 600 tonnes quotidiennement », explique Thierry Delépine, délégué syndical CGT sur le site de l’incinérateur installé à Saint-Ouen, dans la banlieue parisienne, et géré par la société Dalkia Waste Service. Un site important puisqu’y arrivent les ordures du nord-ouest de Paris, soit un peu plus d’un tiers de celles produites dans la capitale, mais également d’une vingtaine de communes avoisinantes. Un incinérateur aujourd’hui silencieux. Comme il l’est depuis le 23 janvier.
Depuis que les salariés, tout comme ceux des deux autres incinérateurs parisiens d’ailleurs, ont arrêté le travail pour protester contre une réforme des retraites qui n’annonce rien de bon dans leur secteur. « Notre retraite équivaut aujourd’hui à 75 % de notre salaire sur les 6 derniers mois », explique Thierry, qui voit donc d’un mauvais œil la proposition gouvernementale de « calcul sur une carrière complète ».
D’autant plus mal que la part des primes, d’astreinte, de service continu, d’ancienneté, qui s’ajoute au salaire de base, loin d’être négligeable ne rentre pas en ligne de compte pour le calcul de cette retraite. « Pour moi, qui partirai dans 3 ans, cela représente une perte de 1 200 euros par mois », affirme ce technicien qui, après 35 ans de carrière, plafonne aujourd’hui, avec une grille salariale quasi gelée, à 2 900 euros brut par mois, primes comprises.
on travaille 7 jours sur 7 et 365 jours pas an
À cette sévère perte d’argent annoncée s’ajoute également la question de l’âge pivot, devenu entre temps « âge d’équilibre », et surtout, la perte de la reconnaissance d’« une pénibilité de leur travail qui leur permettait jusque là de partir à 57 ans au lieu de 62 ». Pénibilité liée à la spécificité de l’activité. C’est que des « OM », des ordures ménagères, il en arrive tous les jours.
Résultat : dans cet incinérateur, comme dans tous les autres, « on travaille 7 jours sur 7 et 365 jours pas an », précise Michelle, « pontière » depuis 11 ans. Un travail le plus souvent répétitif effectué dans un environnement loin d’être sain, en témoigne les fumerolles qui s’échappent du collecteur central : « la méthanisation des ordures », explique Michelle.
Il n’y a pas que cela. « On utilise beaucoup de produits chimiques industriels pour traiter les déchets, de l’ammoniaque, de la soude, de l’acide, et l’on ne sait pas quelles conséquences cela aura sur la santé des travailleurs avec le temps », s’inquiète de son côté Thierry pour qui « cette insalubrité fait partie du boulot et à ce titre doit être mieux reconnue ».
Difficile en effet de râler contre l’insalubrité qui règne actuellement dans les rues de Paris, voire de Marseille, à cause des poubelles et ne pas s’intéresser à celle qui prévaut dans les sites d’incinérations de ces ordures.
Quant à la « catastrophe écologique » avancée par la direction pour faire pression sur les salariés, un rapide coup d’œil au collecteur central démontre à l’évidence qu’elle n’est pas prête de se ralentir, grève des salariés ou pas. « On nous demande de moins polluer, mais il faut voir le problème à la source. Quand tu as 4 emballages pour un paquet de gâteaux, c’est pas en éliminant 3 pailles en plastique que tu vas résoudre les problèmes », ironise Thierry.
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