« C’est un outil pour permettre aux travailleurs et aux travailleuses de reprendre la main. » précise Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, invitée au micro de France Inter ce vendredi 16 octobre. Interrogée par Quentin Lafay sur la nature de son essai, Tout est à nous, paru le 9 octobre dernier aux éditions du Seuil, Sophie Binet a insisté sur la visée avant tout utilitaire de son ouvrage : « On a été humilié, méprisé, déclassé pendant des années. « Tout est à nous », pourquoi ? Parce que c’est notre travail qui crée les richesses. Donc, nous devons avoir notre mot à dire sur ce à quoi servent ces richesses. Il n’est plus possible qu’elles aillent engraisser les milliardaires et qu’elles servent à polluer toujours plus. »
Dressant un pont entre luttes pour le pouvoir d’achat et revendications des jeunes, mais aussi ce rendez-vous du samedi 17 octobre, Sophie Binet ajoute que les mobilisations actuelles révèlent une « colère immense et profonde » dans une atmosphère politique particulièrement grave. À ses yeux, le moment nécessite de mettre fin à Parcoursup et de changer de projet de budget en profondeur pour investir dans l’éducation et l’enseignement supérieur. « 80 000 lycéens et étudiants dénoncent le gel des bourses étudiantes pour la troisième année consécutive », poursuit-elle, gel qui accentue encore davantage la précarité étudiante déjà en hausse de 35% cette année. « Aujourd’hui, s’acheter des tomates, faire le plein, ça devient une consommation de luxe. Le point commun des revendications, c’est de dire au gouvernement qu’il doit prendre l’argent là où il est, dans la poche des plus riches, ce qui permettrait d’arrêter de couper dans les services publics ».
Dénoncer « l’imposture sociale du Rassemblement National »
Questionnée sur le tableau très critique qu’elle dresse du Rassemblement National dans son ouvrage, Sophie Binet souligne que « les masques sont en train de tomber ». Elle alerte ainsi sur les risques d’une potentielle prise de pouvoir du Rassemblement National à la prochaine présidentielle, et insiste sur « le danger mortel de l’extrême droite ». Pour ce faire, elle s’appuie notamment sur le programme économique de Marine Le Pen, dévoilé le mardi 6 octobre: « Son programme repose sur de nouveaux cadeaux pour les plus riches et pour les plus grandes entreprises, avec au moins 30 milliards de baisse d’impôts, et une cure d’austérité violente et drastique dans nos dépenses publiques: au moins 150 milliards de coupe dans nos dépenses publiques ! Même Nicolas Sarkozy n’avait pas fait ça. »
En conclusion de son ouvrage, elle avance ainsi : « Être indépendant ne signifie pas être neutre: la CGT a toujours pris ses responsabilités, elle n’est tenue par personne et ne tolérera aucune OPA de qui que ce soit. » réaffirmant par-là l’autonomie idéologique, économique et politique de la CGT. Dans cette lignée, la mobilisation demeure au centre de ses préoccupations, qu’elle enjoint de faire perdurer ce 17 octobre et jusqu’à ce que le gouvernement prenne des mesures satisfaisantes.