JO d'hiver de Milan-Cortina : pourquoi les Olympiades populaires de Barcelone inspirent encore 90 ans après
Ce qui perdure c'est l'idée que le sport doit être un outil et un instrument au service de certaines valeurs progressistes, humanistes, antiracistes, antifascistes. La mobilisation il y a 90 ans et celles d’aujourd’hui montrent qu’on ne peut pas déconnecter le sport de la politique
Publié le 11 février 2026, modifié le 12 juin 2026
Il y a tout juste 90 ans, un contre-modèle social aux Jeux olympiques alors organisés dans la Berlin des nazis devait se tenir à Barcelone. Annulé à cause du coup d’État franquiste à quelques heures de son lancement, son écho résonne encore aujourd’hui. Son souvenir vient d’ailleurs d’être ravivé par des militants en amont des Jeux d’hiver en cours à Milan-Cortina.
Le 31 janvier dernier, soit quelques jours avant le début des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, 20000 manifestants s’étaient réunis pour protester contre la venue de policiers de l’immigration états-uniens pour assurer la sécurité des athlètes. Le Comitato Insostenibili Olimpiadi (Comité contre des « Jeux insoutenables »), un vaste réseau d’associations, mouvements et syndicats autonomes, décidait quant à lui de se mobiliser une poignée de jours plus tard, du 5 au 8 février, sous le slogan « Voi Olimpiadi, noi Utopiadi » (« Vous les Olympiades, nous les Utopiades » en français). Derrière ce mantra, le comité affirmait s’inspirer des Olympiades populaires organisées à Barcelone en 1936. Un événement sportif qui n’a pas eu le temps d’exister, mais dont l’imaginaire continue à mobiliser encore un siècle plus tard.
L’Olympiade populaire de Barcelone aspirait à proposer une version alternative et populaire de l’olympisme. Nicolas Ksiss, journaliste
Toutefois, face au projet mortifère du régime nazi, les organisateurs des Olympiades, dont le mouvement sportif populaire catalan en quête de légitimité à l’époque, « se sont largement appuyés sur les traditions des Jeux olympiques et les idées de Coubertin », précise André Gounot, chercheur membre de l’unité de recherche ARCHE (Arts, civilisation et histoire de l’Europe) au sein de l’université de Strasbourg. Cérémonies, iconographies… les points communs avec la compétition officielle sont en effet notables. Cependant, l’événement se veut aussi plus inclusif. « L’Olympiade populaire de Barcelone aspirait à proposer une version alternative et populaire de l’olympisme, que ce soit à travers la reconnaissance de délégations de peuples qui n’avaient pas d’État, des délégations de réfugiés politiques, qu’ils soient allemands ou italiens, fuyant le fascisme, des minorités religieuses comme des minorités juives », détaille Nicolas Ksiss-Martov.
Autre spécificité, le refus de l’élitisme. Les Olympiades populaires de Barcelone proposent trois catégories de compétition : l’une est réservée aux athlètes professionnels, l’une aux représentations régionales, et une troisième catégorie est « ouverte à tous les participants volontaires », permettant aux amateurs ou à des personnes en dehors de toute fédération de concourir. « C’est la libre inscription, collective ou individuelle, aux compétitions sportives qui constitue une nouveauté, même au sein des mouvements sportifs ouvriers préexistants, renseigne André Gounot. Les participants aux compétitions des Spartakiades internationales et des Olympiades ouvrières étaient sélectionnés par leurs fédérations, et leur nombre était ainsi réduit. »
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