De 1936 à 2026 à Malakoff, le Front Populaire continue de résonner

À Malakoff (Hauts-de-Seine), plus d’une centaine de personnes se sont réunies jeudi 17 septembre 2026 à la Bourse du travail pour se remémorer l’histoire du Front populaire et interroger son héritage aujourd’hui. Avec Roger Martelli, Maryse Dumas et Natacha Pommet, la soirée a mêlé histoire du mouvement ouvrier, conquêtes sociales, antifascisme et enjeux syndicaux d’aujourd’hui.

Par Emil Dromery
Par Emil Dromery
Publié le 18 septembre 2026
Conférence Malakoff
Ce jeudi 17 septembre 2026, une centaine de personnes se sont rassemblées pour échanger sur l'héritage du Front Populaire. Photo : Emil Dromery

Dans les rues de la ville de Malakoff, en banlieue proche parisienne, sur chaque panneau d’affichage on retrouve l’affiche de la soirée débat-discussion 90 ans du Front Populaire : quel héritage aujourd’hui ?, organisé par l’Union Locale de Malakoff – Montrouge – Vanves. Dans la salle de la Bourse du travail ce jeudi 17 septembre 2026, les places sont parties vite. On doit même ressortir des chaises pour les retardataires. Plus d’une centaine de personnes sont réunies autour de Maryse Dumas, membre de l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) de la CGT, Roger Martelli, historien et Natacha Pommet, membre de la Commission Exécutive Confédérale de la CGT pour parler anti-fascisme, héritage des luttes et histoire du syndicalisme. Une soirée riche en débat et en apprentissages.

Convergence inédite

La soirée, présentée par Cédric Mastain, secrétaire général CGT de l’Union Locale, a débuté par un large propos introductif de l’historien Roger Martelli. Après un hommage rendu à la ville de Malakoff, ville de la banlieue rouge parisienne, face à la maire communiste élue cette année, Sonia Figuières, il a soulevé des pistes de réflexion sur le Front Populaire.

Pour Roger Martelli, le Front populaire ne peut pourtant pas se résumer à l’alliance des trois grandes forces politiques que sont alors le Parti Communiste, la SFIO et les radicaux. Il est avant tout le fruit d’une convergence inédite de centaines d’organisations syndicales, associatives, intellectuelles et militantes, portées par une volonté profonde de mettre fin aux divisions et de construire l’unité face à la montée du fascisme. Cette dynamique dépasse largement les urnes : elle investit les rues, les lieux de travail et l’ensemble de la société, jusqu’aux grandes grèves et aux occupations d’usines de 1936.

Pour l’historien, c’est ce caractère de « mouvement total », à la fois politique, social et populaire, qui fait la singularité du mouvement : une victoire électorale prolongée par une mobilisation massive et par une multitude d’initiatives qui ont durablement marqué la mémoire collective. « Le Front Populaire a été exceptionnel et a suscité un souffle d’unité qui a touché toutes les sphères », raconte Roger Martelli.

Dans le prolongement de cette réflexion sur le caractère profondément complet du Front Pop’, Maryse Dumas de l’IHS CGT a souligné le rôle central du mouvement syndical dans les événements de 1936. En appuyant sur le temps court et inédit de ces mobilisations, elle a rappelé comment les grèves et les occupations d’usines ont rapidement transformé le rapport de force : en occupant les lieux de travail, les salariés défendaient leur outil de travail tout en faisant émerger de nouvelles formes d’autonomie ouvrière. Elle a également évoqué la volonté de la CGT d’investir le nouveau temps libre des travailleurs, alors considéré comme du temps perdu.

Une discussion sur le présent et le futur

Mais cette soirée n’était pas seulement tournée vers le passé. Avec l’intervention de Natacha Pommet puis à travers les questions posées par le public, les échanges ont rapidement fait le lien avec les combats d’aujourd’hui et les enjeux de demain, notamment en comparant 1936 à 2026 et la séquence présidentielle à venir. Antifascisme, défense des garanties collectives, droits des travailleurs et capacité à construire des mobilisations communes ont été au cœur de ces prises de paroles. Des grèves dans le secteur de l’énergie de ce mardi 15 septembre, aux mobilisations dans la fonction publique le 29 septembre, les intervenants ont interrogé la manière dont l’héritage du Front Populaire peut encore nourrir les luttes actuelles, même si l’histoire « ne se répète pas ». Les discussions se sont poursuivies autour d’un « pot de la fraternité ». A Malakoff, la mobilisation reste forte et la volonté de se battre, elle, ne faiblit pas.

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