« Un pan de notre salaire » : électriciens et gaziers en grève pour le tarif agent, au cœur du cortège marseillais

À Marseille, ce 15 septembre, près de 5000 travailleurs se sont mobilisés - à l'image de leurs collègues au plan national - lors d’une manifestation interprofessionnelle qui réunissait agents de la santé, de l'énergie, de l'enseignement et de la police. Pour les salariés des industries électriques et gazières, la journée était surtout l’occasion de faire entendre leur principale revendication : le maintien du tarif agent, un pan de leur salaire.

Par Jeanne Genêt
Par Jeanne Genêt
Publié le 15 septembre 2026
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Manifestation des électriciens et gaziers à Marseille le 15 septembre 2026. Crédit : Jeanne Genêt

La sono s’entend de plus en plus fort à mesure qu’on approche du parvis de la préfecture de Marseille ce mardi 15 septembre, jour de mobilisation nationale pour de nombreux secteurs. Les classiques des mobilisations résonnent, auxquels s’ajoutent des morceaux de Bad Bunny, tandis que sous un auvent, on s’affaire autour d’un grill crépitant. Sous le soleil, les salariés parlent boulot, rigolent, mais surtout, répondent présents à l’appel d’une grève intersyndicale portée par la FNME CGT, la CFE Énergies, la FCE CFDT et FO Énergie et Mines.

Leurs délégués syndicaux viennent de s’engouffrer dans la préfecture pour faire passer un message national au gouvernement : ils souhaitent conserver le tarif agent, qui permet aux salariés comme aux retraités des industries électriques et gazières (IEG) de payer leur électricité et leur gaz à un prix réduit par rapport aux autres consommateurs. 

« Cet argent on le mérite »

Après une bonne heure d’attente, les délégués syndicaux ressortent enfin. Renaud Henry, à la tête de la CGT Énergie dans le département, grimpe à l’arrière d’un camion bleu siglé GRDF, avant de chauffer la foule : « On en n’a pas honte de ce tarif agent, c’est un pan de notre salaire ! Quand il s’agit d’aller sécuriser les lignes en période d’incendie, là on fait appel aux électriciens et gaziers. Et maintenant, on nous tape sur le dos. »

Au cœur de leur colère, un rapport de la Cour des Comptes publié le 17 juillet dernier qui porte sur la gestion des ressources humaines d’EDF SA. Il comporte treize préconisations, parmi lesquelles, réduire le fameux tarif agent, qui représenterait « un coût démesuré, soit plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe ».

« Le problème c’est que c’est un pan entier de notre rémunération, inscrit dans notre contrat de travail, pointe Renaud Henry. Et puis cet argent, on le déclare aux impôts et on le mérite. On a cet avantage, et ce statut parce qu’on a une mission de service public : celle d’acheminer le gaz et l’électricité dans tous les foyers de France. » 

Il relève que parmi l’ensemble des recommandations formulées par la Cour des Comptes pour réaliser des économies, l’immense majorité seraient faites au détriment des agents. « Nous, on voit d’autres solutions si le but est de faire baisser la facture des usagers, comme ramener la TVA sur les abonnements au gaz et à l’électricité à 5,5%, au lieu de 20%. Là on s’apprête à lever de l’argent à 300 000 personnes, à raison de 2000 euros par an, et ça va entraîner une baisse d’à peine 1% sur la facture des usagers. »

Casse progressive du statut d’IEG

Localement, le taux de grévistes est proche de 100% dans la production d’électricité comme dans la distribution de gaz, selon la CGT. Parmi les personnes réunies ce 15 septembre au matin, une grosse part est constituée de retraités, d’autant plus affectés par une éventuelle modification du tarif agent, que leur revenu mensuel est plus étroit encore. Chapeau de paille vissé sur la tête, Jean-Louis, ancien technicien d’EDF craint pour les années à venir : « On ne peut pas se plaindre, à deux on a presque 3 000 euros de retraite, admet-il en regardant sa femme. On est riches. Mais le jour où y en a un des deux qui s’en va, l’autre ne pourra pas rester à la maison, ça va fortement nous fragiliser. »

Et encore, lui dit avoir profité du régime spécial de retraite des IEG. Mais à quelques pas de lui, Wanda, trente ans et ingénieure, fait partie de ceux qui ont été recrutés après la réforme des retraites de 2023, qui a acté la fin de ce régime. Elle partira plus tard à la retraite.

De quoi lui faire dire que le statut national du personnel des IEG, qui s’accompagnait d’avantages (mutuelle, prévoyance, activités sociales, tarifs préférentiels d’énergie) est progressivement cassé. « Il faut se dire que quand on sort d’études, on a le choix d’aller bosser dans le privé, où on est payé bien plus, relève-t-elle. EDF c’est le choix des personnes qui défendent l’énergie bas carbone et un service public. On a normalement des avantages. Mais on a de moins en moins… Ça va finir par ne plus être attractif. »

Au-delà du tarif agent, la journée est ainsi l’occasion pour l’intersyndicale de porter des revendications sur les heures supplémentaires, les retraites, le salaire et le compte épargne-temps.

Une interprofessionnelle 

Surtout, au-delà des revendications de leur secteur, les IEG se sont réunis sous un mot d’ordre général : stop à la casse du service public et aux politiques austéritaires, porté ici à Marseille par une mobilisation interprofessionnelle, à l’aune de la présidentielle. Vers midi, les IEG sont rejoints par un cortège composé du secteur de la santé, du social, du médico-social, et du corps enseignant, qui s’est mobilisé un peu plus tôt dans la journée devant la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN).

D’après la CGT, 5000 personnes ont participé à la manifestation. Une rentrée sociale en forme d’échauffement, avant une intersyndicale de la fonction publique le 29 septembre.

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