Devant le ministère du Travail, ce mercredi 9 septembre, les enceintes de la CGT crachent de la musique face à plus d’une cinquantaine de salariés du secteur de la sécurité qui se sont réunis à l’appel d’une intersyndicale historique (CGT, CFDT, CTFC, FO, SUD, UNSA).
« Pour les négociations salariales 2027, on nous a proposé 0 % d’augmentation pour l’ensemble de la branche », dénonce Laurent Dumontier, secrétaire général du syndicat CGT-Seris, premier groupe français et deuxième employeur en France. Une décision qui a ulcéré les salariés du secteur. « C’est pas comme si on avait des gros salaires de base », dénonce notre interlocuteur. Avec plus de vingt ans d’ancienneté dans le secteur, en tant que chef d’équipe et agent de maîtrise, Laurent Dumontier affirme toucher 2 100 euros brut par mois, tout en travaillant de nuit, les jours fériés et les week-ends.
Le tout dans un contexte économique marqué par l’inflation, elle-même encore doublée d’une hausse du prix du carburant. « On a beaucoup d’agents qui travaillent en région, ils font en moyenne 40 à 50 km pour aller travailler. À la fin du mois, il leur reste moins d’argent que tout ce qu’ils ont pu mettre en essence », affirme Laurent Dumontier. Une situation qui oblige une grande majorité des agents à multiplier les employeurs. « Dans notre secteur, la majorité des salariés ont deux ou trois employeurs pour pouvoir tenter de juste vivre », affirme-t-il. Il enfonce le clou : « Selon nos retours du terrain, trois salariés sur quatre n’ont pas pu partir en vacances parce qu’ils n’ont tout simplement pas les moyens. »
« De qui se moque-t-on ? »
« C’est tout simplement du foutage de gueule », dénonce Djamel Benotmane, secrétaire général du syndicat CGT Prévention Sécurité 75. Les négociations avec les patrons du secteur ne sont, selon lui, pas du tout à la hauteur des attentes des salariés. « On nous dit 0 % d’augmentation de salaire, mais en plus on nous propose de passer notre prime de panier repas de 4,48 euros par jour à 5 euros. De qui se moque-t-on ? », s’énerve-t-il.
Cette journée doit, selon lui, permettre aux salariés de « se compter ». Et le lieu du rassemblement n’a pas été choisi par hasard. L’État, par le biais d’un représentant du ministère du Travail, est partie prenante des négociations et dispose donc, selon les syndicats, d’un pouvoir de pression sur les patrons du secteur. Mais l’État est également un gros client du secteur. « C’est un premier rendez-vous sur un lieu symbolique, car partout dans les lieux de l’État, vous allez retrouver des agents de sécurité. Et comme tous les autres clients, l’État va choisir le sous-traitant le moins cher. Donc il est tout autant responsable de la précarisation de notre secteur », dénonce Djamel Benotmane. Selon les syndicats, sur les plus de 210 000 salariés du secteur, 30 % travaillent pour le secteur public.
Des salariés « essentiels » toujours mal payés
Cette mise en concurrence par l’externalisation serait de surcroît l’une des premières conséquences des salaires faibles pour les travailleurs du secteur. « À vouloir toujours baisser les prix dans les appels d’offres pour les remporter, à la fin, ce sont les salariés qui en payent le prix », dénonce Laurent Dumontier. Un agent à temps plein, selon les chiffres des syndicats, toucherait en net, primes comprises, 1 400 euros par mois. « Alors qu’on travaille 365 jours dans l’année, les week-ends, la nuit, les jours fériés », pose-t-il. C’est le cas de Julien, gilet CGT sur le dos, agent de sécurité depuis 17 ans, payé au Smic. « C’est largement insuffisant pour pouvoir vivre dignement. Une augmentation de 10 %, ce n’est rien pour eux. Donc, s’ils ne plient pas, on va être encore plus nombreux à se mobiliser dans les prochaines semaines », prévient-il.
Tous ont en tête la période du Covid, lors de laquelle Emmanuel Macron avait, dans une allocution, reconnu le caractère essentiel des salariés en première ligne. « Nous, on en fait partie, car si pendant le Covid il n’y avait pas eu d’agents de sécurité, il n’y aurait pas eu de magasins ouverts pour que les Français puissent faire leurs courses », rappelle Laurent Dumontier. Emmanuel Macron avait alors fait une promesse : « Il nous faudra nous rappeler que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », déclarait-il le 13 avril 2020 dans une allocution télévisée. Six ans plus tard, les salariés du secteur de la sécurité attendent que le président de la République passe de la parole aux actes.