« Demain, on éduquera les enfants avec zéro moyen » : à Lyon, 8000 personnes en soutien aux services publics

Ils étaient plusieurs milliers à défiler dans les rues de Lyon, ce mardi 29 septembre au matin, pour cette journée de mobilisation de la fonction publique. Chez les manifestants, on entendait l'inquiétude et le dégoût de voir les services publics dépouillés de leurs moyens, avec, en ligne de mire, la prochaine élection présidentielle.

Par Marie Albessard
Par Marie Albessard
Publié le 29 septembre 2026
manif lyon ok
À Lyon, le cortège s’est élancé de la Manufacture des tabacs et a rejoint la préfecture du Rhône. Crédit : Marie Albessard.

Madeleine, 83 ans, se démarque au milieu du cortège, alors qu’elle déambule lentement, aidée d’une canne. Elle s’arrête devant une jeune manifestante qui tient une pancarte « Éteindre Bolloré » et lui lance : « Alors ça, c’est bien dit ! » Madeleine est venue, « comme à chaque fois que c’est possible », battre le pavé ce mardi 29 septembre au matin, pour « soutenir ces services publics qu’on est en train d’écrabouiller ». Comme elle, ils étaient 8 000 manifestants selon la CGT (6 000 selon la préfecture) à manifester à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP).

Au sein du cortège, les bas salaires, le manque de ressources humaines, financières et matérielles et la dégradation des services publics sont sur toutes les lèvres. « On manque constamment de moyens, il n’y a jamais assez de personnel ni d’argent, résume, abattue, Stéphanie, secrétaire générale dans un collège à Oullins, près de Lyon. À quelques mois de la présidentielle et des législatives, il est urgent de se mobiliser pour sauver l’éducation et la fonction publique. » Stéphanie est venue avec sa collègue Julie, secrétaire d’intendance dans le même établissement : « Je suis fonctionnaire de catégorie C, les plus petits salaires sont sous le Smic… On tue la fonction publique à petit feu : moins on met de moyens, moins cela fonctionne, et plus l’impact est négatif sur le service rendu. »

Les luttes locales également représentées


Alors qu’un peu plus d’un enseignant sur dix est en grève, selon le ministère de l’Éducation nationale, Jeanne et Carmen, deux sœurs de 22 ans qui s’apprêtent à travailler dans l’enseignement, se sont jointes au cortège. « On nous vend le plus beau métier du monde, c’est nous qui allons éduquer les enfants de demain et on a zéro moyen… On dépense de l’argent pour des portiques de sécurité, alors que des enfants en situation de handicap n’arrivent pas à avoir d’AESH », s’agace Carmen, qui veut être professeure des écoles. Sa sœur, Jeanne, qui ambitionne d’être enseignante-chercheuse, ajoute : « Je vois que de moins en moins de moyens sont mis dans la recherche et, quand je me suis renseignée pour demander une bourse pour une thèse, on m’a fait comprendre que ce serait compliqué. »

Dans le cortège, plusieurs institutions publiques du territoire, actuellement en lutte, sont venues grossir les rangs. À l’image du personnel du musée des Beaux-Arts de Lyon, qui s’est mobilisé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine pour dénoncer le manque d’agents d’accueil et la précarisation de ceux-ci (recours à des contractuels et à du personnel payé à l’heure pour des remplacements ponctuels). Sébastien Douillet, secrétaire général de la CGT Ville de Lyon, souffle : « Par rapport au précédent, ce second mandat des Écologistes est très mou sur le plan social. Cela ressemble plus à la mandature de Gérard Collomb [maire durant trois mandats, PS puis LREM, NDLR]. » 


Également fortement mobilisé dans différents établissements ces derniers mois, le personnel hospitalier était bien représenté dans le cortège. L’hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu (Lyon-VIII), établissement privé d’intérêt collectif, est l’un des gros établissements psychiatriques de la région lyonnaise. « On a une pénurie massive de médecins, on ne parvient plus à faire face aux besoins de la population », constate Flora, assistante sociale dans l’unité psychiatrique pour adultes.

Au-delà du ras-le-bol qui s’exprimait aujourd’hui, l’élection présidentielle, qui génère crainte et incertitude, était sur toutes les lèvres. « Je dois enseigner dans deux ans, mais qui sait ce qu’il adviendra si le Rassemblement national est élu… », s’inquiète Carmen.

separator top
separator bottom

Nos articles les plus lus

Articles recommandés pour vous