29 septembre : vers un été indien des colères sociales ?

Les agents de la fonction publique feront grève ce mardi 29 septembre, à l'appel d'une large intersyndicale, à la veille de la présentation d'un budget qui prévoit 54 milliards d'économies. La question reste de savoir si cette mobilisation dépassera le cercle de la fonction publique, dans un contexte marqué par la dégradation des conditions de vie et la hausse du prix des produits de première nécessité.

Par Sarah Delattre
Par Sarah Delattre
Publié le 28 septembre 2026
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Ce mardi 29 septembre, à Paris, le cortège s’élancera à 14 heures de la place de la République pour rejoindre la place de la Nation. Ci-dessus, manifestation à Paris, le 2 octobre 2025, dans le cadre d'une journée de grève nationale pour réclamer des mesures de « justice sociale ». Crédit : Thomas Samson / AFP

Pompiers, soignants, profs, employés des impôts, des douanes, de la protection de l’enfance, auxiliaires de justice… Les agents des trois versants de la fonction publique (d’État, territoriale, hospitalière) s’apprêtent à faire grève et à manifester ce mardi 29 septembre pour leurs salaires, leurs conditions de travail et le développement des services publics. À Paris, le cortège s’élancera à 14 heures de la place de la République, pour rejoindre la place de la Nation.

Cet appel, lancé fin juin par une large intersyndicale réunissant huit organisations représentatives (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC, Fédération autonome), intervient quelques jours avant la présentation du budget au Conseil des ministres, jeudi 1er octobre.

La provocation de trop

Pour atteindre les 5 % de déficit d’ici à 2027, le gouvernement de Sébastien Lecornu prévoit un effort budgétaire de 54 milliards et le maintien du gel du point d’indice, lequel n’a pas été revalorisé depuis 2023. Ce nouveau coup de frein sur les salaires, annoncé le 8 juillet dernier lors d’un rendez-vous avec le ministre de l’Action et des comptes publics, David Amiel, étant censé faire économiser 2 milliards d’euros.

La provocation de trop pour l’intersyndicale, « alors que 862 000 agents perçoivent un traitement indiciaire inférieur au Smic », a rappelé Natacha Pommet, secrétaire générale de la CGT-services publics, lors d’une conférence de presse jeudi 24 septembre. Dit autrement, la rémunération des fonctionnaires concernés ne repasse au-dessus de 1478 euros nets que grâce à une indemnité compensatoire qui ne compte pas dans le calcul de la retraite. « Pour les agents publics, ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. Or, les agents publics ont perdu plus de 6 % de pouvoir d’achat depuis la dernière revalorisation du point d’indice en juillet 2023, et plus de 15 % depuis dix ans ! », déplore l’intersyndicale dans un communiqué.

L’absence de reconnaissance et le dénigrement de la fonction publique, alimenté par de nombreux politiques, se traduisent par une crise des vocations et des difficultés de recrutement. « Sur les trente dernières années, le nombre global de candidats inscrits aux concours de la fonction publique a été divisé par quatre et 11 % des postes mis au concours ne trouvent pas preneurs », écrit l’intersyndicale.

« Ce sera une journée noire »

Dans le même temps, une enquête du collectif Nos services publics sur les conditions de travail, le management et le rapport à la hiérarchie, publiée le 17 septembre, montre le profond attachement des fonctionnaires à leurs missions et à l’intérêt général, en dépit d’une perte de sens et de conditions d’exercice dégradées. « Ce sera une journée noire, nous allons leur montrer ce qu’est la France sans service public », a promis Natacha Pommet, qui garde en ligne de mire les élections dans la fonction publique, qui auront lieu en décembre prochain.

À chaque crise ou presque, la France a l’occasion d’éprouver ses services publics, déjà soumis à rude épreuve. Cet été, la canicule et la multiplication des incendies ont démontré, une fois de plus, la fragilité de système hospitalier et des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), ainsi que l’impréparation dramatique de l’État face au changement climatique. Les pompiers, mobilisés depuis le 8 septembre pour réclamer plus de moyens matériels et humains, ainsi qu’une meilleure protection de leur santé, rejoindront le cortège parisien à Bastille après avoir défilé de leur côté.

Vers une convergence des colères

Cette journée pourrait ressembler à l’épreuve du feu pour les syndicats qui, dans un contexte de dégradation des conditions de vie marquée par l’inflation et la hausse du prix du carburant, souhaiteraient agréger les colères au-delà de la fonction publique. D’ores et déjà, l’ensemble des dix organisations syndicales de France Travail se greffent au mouvement, pour de meilleurs salaires, contre les réorganisations et les baisses de budget, alors que le taux de chômage remonte à 8,3 % de la population active au second trimestre 2026 et que le gouvernement prévoit de demander 2,5 milliards d’économies au ministère du Travail.

Du côté des énergies renouvelables, les salariés sont aussi appelés à manifester pour dénoncer l’absence de politique énergétique stable : le rassemblement aura lieu devant la Cité des sciences et de l’industrie, où se tiendra le colloque du syndicat patronal du secteur.

Le retour des Gilets jaunes ?

Le samedi 26 septembre, plus de 120 000 manifestants dans 157 villes de France ont marché pour le climat, la justice sociale, la paix et le vivant. En outre, huit ans après le mouvement des Gilets jaunes, qui avait démarré le 17 novembre 2018, des appels à se mobiliser plus largement le 17 octobre prennent de l’ampleur sur les réseaux sociaux.

De son côté, la CGT demande une augmentation générale des salaires, à commencer par une revalorisation du Smic. Elle appelle également à la réouverture immédiate des négociations salariales dans les branches et les entreprises. Enfin, elle demande le blocage des prix de l’énergie et des carburants, ainsi que celui des produits de première nécessité.

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