« Totalement absurde ». Voilà ce qu’avait à dire Marine Le Pen du Diagnostic de performance énergétique (DPE) lors d’un discours prononcé le 28 septembre au salon professionnel de la construction Batimat à Paris, qui s’est clos jeudi 1er octobre. La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a profité de l’événement pour reformuler sa profonde désaffection à l’égard du dispositif.
Introduit dans les années 2000, le DPE permet d’évaluer la consommation d’énergie d’un logement et son impact en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Un bilan obligatoire lors de la vente ou de la location d’un bien immobilier en France, devenu opposable juridiquement en 2021. Une tare pour Marine Le Pen, qui annonce qu’en cas de victoire présidentielle du parti d’extrême droite, « il [le DPE – ndlr] restera, mais à titre indicatif ».
Un cadeau aux plus riches
« Supprimer un très grand nombre de normes inutiles, sclérosantes, contraignantes ». Une promesse évoquée auparavant par la députée élue dans le Pas-de-Calais dans son discours de rentrée du 13 septembre, dans lequel elle expliquait vouloir « supprimer toutes les contraintes » liées au DPE.
Pourquoi tant de haine pour un instrument écologique éclairant locataires et acquéreurs ? Pour Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons, regroupant des organisations engagées en faveur de la lutte contre la précarité énergétique et la rénovation énergétique des logements, il s’agit avant tout d’électoralisme. « On peut se dire très clairement que quand Marine Le Pen s’attaque au DPE, ce n’est pas tant de l’outil en soi dont elle parle, ça elle s’en fout. Ce qu’elle cible, c’est l’obligation de rénovation des passoires thermiques, voilà ce que le RN veut dire : “On veut revenir sur l’interdiction de location”. En pratique, ce que ça implique c’est un cadeau aux propriétaires bailleurs, et souvent aux plus riches d’entre eux », confie-t-il d’abord à NVO.fr : « Parce que, quand on regarde les chiffres, on se rend compte qu’une passoire sur deux en location appartient aux trois derniers déciles de revenus. Quand on affine encore un peu plus, on voit qu’une passoire en location sur trois appartient aux 10% des Français les plus riches ».
Et Damien Barbosa de compléter son analyse : « C’est donc une façon très claire de séduire un électorat bourgeois et très aisé, par ailleurs un peu énervé avec les normes environnementales. Aujourd’hui ce sont les propriétaires, et surtout les multipropriétaires qui se lèvent contre l’obligation de rénovation en disant que ce n’est pas normal, que l’État ne doit pas intervenir sur la propriété privée. »
Si la patronne du RN compte lui porter le coup de grâce, on ne l’a hélas de toutes façons pas attendue pour tailler des croupières au dispositif. Ainsi, il n’a cessé d’être raboté par le gouvernement ces dernières années. Passé de 2,3 à 1,9 en janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire (soit l’indice par lequel on multiplie la consommation réelle du foyer pour en obtenir sa consommation en énergie primaire) sera de nouveau abaissé à 1,7 à partir du premier janvier 2027. Un nouvel assouplissement qui permettra à 300.000 logements de sortir du statut de passoire thermique à partir de 2027. En prétendant faire face à la crise locative, le gouvernement a donc remis sur le marché des centaines de milliers de logements jugés indécents par des critères déjà assouplis précédemment. « Avec ces 300.000 logements qui perdront le statut de passoire au premier janvier, en tout ça fera plus d’un million de passoires qui seront sorties de ce statut du fait des modifications réglementaires qu’il y a chaque année », ponctue Damien Barbosa.
Un outil nécessaire qui mérite d’être renforcé
« Plus on avance, plus le DPE devient un outil très peu fiable parce qu’on l’a dénaturé de son utilité de départ, déplore encore notre interlocuteur. Pour autant, on a quand même besoin d’avoir un indicateur qui permette de déterminer si un logement est décent énergétiquement ou pas. C’est important d’avoir des données suffisantes pour fixer ce qui est admissible, c’est ce qui va permettre de déterminer si le logement est sain ou pas, et de développer une politique publique de rénovation énergétique appropriée. »
Ancré dans le Réseau Action Climat, le collectif Rénovons présente bien sûr des ambitions bien différentes de celles de l’extrême droite pour ce dispositif. « Nous, on n’abandonne pas le DPE, expose Damien Barbosa, on voudrait plutôt le renforcer, et y intégrer, par exemple, des critères sur la surchauffe. Parce qu’aujourd’hui on peut parfaitement dire à quelqu’un chez qui il fait 38 degrés pendant des jours que son logement est décent. La décence est aujourd’hui calquée sur la consommation électrique. Donc un logement dans lequel il fait 38, s’il n’y a pas une mauvaise clim qui tourne en boucle, ne sera pas considéré comme indécent ».
Pour lui, c’est bien ici que s’articule la bataille pour un DPE à nouveau efficient : « On doit vraiment retravailler les critères de décence et d’insalubrité dans le logement, notamment par une réflexion sur des températures à ne pas dépasser, ou la mise en place d’équipements corrects et bien installés, pour lutter à la fois contre le froid, les grosses factures et la chaleur. »
À l’approche de l’élection présidentielle, la question du logement s’impose en tous cas dans les programmes, et pas que dans celui du RN. Comme Marine Le Pen, Bruno Retailleau (LR) a déjà exprimé ses intentions à l’égard du DPE : « Je l’abroge. Il restera comme une sorte de thermomètre, mais ce ne sera plus un motif d’exclusion ». Les grands esprits se rencontrent.