Hôtel social Ibis Bagnolet : les travailleurs sans papiers triomphent en justice

Après leur victoire syndicale de juillet 2022, les employés de l’hôtel social Ibis Bagnolet (Seine-Saint-Denis) obtiennent réparation en justice. Le tribunal des prud’hommes a reconnu les préjudices subis et condamné l’employeur à leur payer entre 10.000 et 15.000 euros d’indemnisation.

Par Nathalie Carmeni
Par Nathalie Carmeni
Publié le 2 juin 2023
Hôtel social Ibis Bagnolet : les travailleurs sans papiers triomphent en justice
Après leur victoire syndicale de juillet 2022, les employés de l’hôtel social Ibis Bagnolet (Seine-Saint-Denis) obtiennent réparation en justice. Le tribunal des prud’hommes a reconnu les préjudices subis et condamné l’employeur à leur payer entre 10.000 et 15.000 euros d’indemnisation.
C’est une de ces victoires syndicales qui ne font pas la une des médias. Une victoire arrachée par dix des dix-neuf salariés de l’hôtel Ibis Bagnolet, tous très vulnérables puisque tous sans papiers et d’origine africaine. Employés d’un hôtel social (géré par l’association Coallia) qui fut transformé par l’Etat en centre d’hébergement d’urgence au début de la pandémie Covid 19 (avril 2020), ces travailleurs étaient surexploités et maltraités par un sous-traitant – Gaba Global Service International – qui leur infligeait jusqu’à 50 heures de travail par semaine, en nocturne et les week-ends, pour assurer l’entretien et la gestion d’un centre hébergeant jusqu’à 800 personnes en grande détresse.

Quand la responsabilité sociale du donneur d’ordre est engagée

Sous contrat pour 1,6 million d’euros avec l’association Coallia – un acteur majeur de l’accompagnement social et de l’hébergement des personnes en détresse – le sous- traitant Gaba GSI, déjà coutumier des retards de versement des salaires et du non- paiement des heures supplémentaires, avait fini, autour de juillet 2022, par ne plus rémunérer du tout les 19 employés. Soutenus et accompagnés par la CGT de Seine- Saint-Denis qui avait pris à bras le corps leur dossier, 10 des 19 employés de l’hôtel social s’étaient alors mis en grève pour demander des comptes aussi bien à leur employeur, Gaba GSI, qu’à leur donneur d’ordre, l’association Coallia, dont la responsabilité sociale était engagée.

La double besogne pour crédo

Après 15 jours de grève, le donneur d’ordre Coallia s’était engagé à délivrer tous les documents nécessaires à la régularisation des 19 travailleurs sans papier, à les accompagner dans leurs démarches en préfecture et à les embaucher directement et individuellement. Promesse tenue, grâce, notamment, à la détermination de la CGT de Seine-Saint-Denis qui, du début à la fin de ce conflit social, s’est attachée à tenir la « double besogne » : « D’une part, organiser la lutte des travailleurs pour qu’ils portent leurs revendications légitimes, et d’autre part, ester en justice pour obtenir réparation et reconnaissance des préjudices subis », explique Jean-Albert Guidou, responsable CGT de Seine-Saint-Denis. Pilote du pôle confédéral CGT « Travailleurs migrants » à l’époque des faits, Jean-Albert Guidou se félicite de cette victoire en justice : « Elle signale qu’à l’heure où les idées xénophobes et d’extrême droite connaissent un regain inquiétant, le syndicalisme fait une nouvelle démonstration que les luttes et les solidarités ouvrières peuvent mettre en échec la surexploitation et contribuer à l’égalité des droits ».
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