En ce début d’après-midi, ce mardi 15 septembre, à Nantes, la place Alexis-Ricordeau est écrasée par la chaleur. Devant l’entrée principale du CHU, les militants se réfugient au niveau des rares zones d’ombre. Menée par la CGT Santé action sociale et la section CGT de l’hôpital, la mobilisation est soutenue par l’Union confédérales des retraités-CGT, la CAF de Loire-Atlantique, la CPAM 44 et Mines Énergies 44. Sur des couvertures de survie, la colère brûlante des manifestants s’écrit en capitales : « L’austérité nous asphyxie ».
« J’espère qu’il y aura du monde, mais c’est compliqué », pressent Olivier Sabin, secrétaire CGT au CHU de Nantes. L’obligation d’assurer la continuité des soins impose des effectifs minimums pour s’occuper des patients, même pour les personnels qui se sont déclarés en grève. L’heure du rendez-vous, 14 h 15, a été retenue par les manifestants car « c’est la fin du service du matin » ; ils espèrent pouvoir faire grossir les rangs après le travail. « Mais ils sont tellement fatigués… et ils ne sont déjà pas beaucoup », déplore Olivier Sabin. L’été a été éprouvant : « Il a fait jusqu’à 38°C dans les services, des collègues ont fait des malaises. On a dû taper du poing sur la table. » Des climatisations portables et des ventilateurs ont été installés, puis du télétravail partiel et des horaires décalés pour les postes administratifs ont été mis en place temporairement.
Des sous-effectifs constants
« Des collègues se mettent en arrêt ou démissionnent pour se reconvertir », poursuit Olivier Sabin. Le secrétaire CGT du CHU évoque le souhait de la direction de passer davantage de postes en astreintes de douze heures, en alternance jour/nuit, comme ceux de la sécurité ou dans les blocs opératoires. Des cadences de travail dont les risques sur la santé physique et mentale sont déjà identifiés. Et ce n’est pas le nouvel hôpital, prévu sur l’île de Nantes, qui changera la donne. « L’accès sera plus difficile du fait de la circulation, ça augure une perte de chance pour les patients », avertit Olivier Sabin. Depuis 2017, des patients du centre René-Gauducheau, dans la commune voisine de Saint-Herblain, se battent avec les soignants pour préserver ce lieu, plus agréable et facilement accessible en voiture et en transports en commun.
Depuis quelques mois, les mobilisations sont en effet fréquentes dans le secteur. Après la grève débutée le 8 juillet, le service mortuaire du CHU de Nantes a obtenu un cadre de proximité à mi-temps, un chariot de dissimulation et un chariot élévateur neufs. Pas de quoi pallier tous les besoins immédiats. « Quand une collègue de l’unité médico-légale est revenue de congés, elle avait une tonne de boulot, déplore Olivier Sabin. Puisqu’on y fait plus de 300 autopsies par an, le ministère de la Justice doit financer un temps plein. On a encore dû expliquer qu’il faut trois agents pour manier les défunts et pouvoir les présenter convenablement à leurs proches, surtout quand ils sont très abîmés. »
« Demain, ce sera du tout-privé »
« Le nombre de prises en charge de personnes décédées a doublé ces dix dernières années », continue Olivier Sabin. Il pointe la pandémie de Covid-19, les épisodes de canicule, la précarité et la pauvreté, l’isolement… Même constat pour Kévin et Nicolas, de la CGT CPAM 44. « On nous parle du voile, et non des vrais problèmes, comme l’augmentation des franchises médicales, qui ont presque triplé en cinq ans, les renoncements aux soins et aux arrêts maladie, faute d’argent, et les risques épidémiologiques associés. » L’expérimentation ratée du logiciel Arpège, qui devait gérer les arrêts de travail (maladie et maternité) ainsi que leur indemnisation, a particulièrement fragilisé la population de Loire-Atlantique et de Vendée. « On est anxieux quant au PLFSS de 2027. On est en train de détruire la Sécurité sociale, comme notre modèle de société. Demain, ce sera du tout-privé pour être soigné. »
Le rassemblement s’est dispersé peu avant 15 h 30, faute d’avoir réuni davantage de personnels. Mais ce n’est qu’une première étape dans la rentrée sociale du CHU de Nantes. Le prochain CSE du vendredi 18 septembre prévoit de soutenir la cause des personnels du service mortuaire. « Des collègues sont entendus en ce moment à l’agence régionale de santé (ARS), à deux rues d’ici, avec nos revendications », rappelle Olivier Sabin. Qui garde en tête, comme beaucoup, la future grande mobilisation du 29 septembre