« C’est vraiment un risque. » Rémy Reynaud, secrétaire général de la CGT Éduc’Action, qui enseigne dans les quartiers Nord de Marseille, s’inquiète des répercussions du mouvement actuel sur les lycéens. Plus précisément, l’enseignant craint que les élèves participant aux blocus et manifestations, et donc absents des classes, puissent être pénalisés sur Parcoursup.
Pour rappel, les revendications de la mobilisation du secondaire sont simples : moins d’élèves par classe, des emplois du temps moins chargés, plus de professeurs et de personnels divers (personnel de santé, santé mentale, etc), rénovation des bâtiments… Et abolition de Parcoursup.
Des absences qui peuvent être pénalisantes
Sur l’outil de l’Éducation nationale, toute une partie de l’évaluation pour les études supérieures se fait sur le contrôle continu, en prenant en compte les trois trimestres de première et les trois trimestres de terminale. « Le mouvement lycéen a commencé fin septembre, il y a donc eu peu d’évaluations. Et il n’y en aura probablement pas jusqu’aux vacances. Donc la question de l’absentéisme va se poser », pose le syndicaliste, arguant que « les absences ont une répercussion sur les bulletins, les appréciations », et sont aussi comptabilisés dans Parcoursup.
Surtout que, dans certains établissements, « ils font des absences étoiles quand c’est une absence à une évaluation, c’est pénalisant pour l’élève », pointe Rémy Reynaud. Une « absence étoile » ? Une notation qui équivaut à un zéro pour absence injustifiée à un devoir dans le logiciel. « Notre crainte, c’est les absences, mais c’est aussi notre retard sur le programme », confie de son côté Marianne, élève en terminale, gréviste et membre du syndicat Mouvement national lycéen, avant de poursuivre : « On a peur de ne pas être une priorité sur Parcoursup parce qu’on a un taux d’absence élevé, et que certains n’ont quasi pas de notes. On va être surtout pénalisés par rapport aux autres. Beaucoup d’élèves s’inquiètent de ça », confie-t-elle.
Des réclamations communes
La solution, selon Rémy Reynaud : « Neutraliser cette période sur Parcoursup, voire ne pas compter le premier trimestre dans le contrôle continu. » Sinon, assure-t-il, les professeurs s’arrangeront en interne. Mais la situation ne pourra que produire des inégalités, avertit l’enseignant : il y aura une différence « entre le bahut où on va essayer de limiter la casse au maximum » – c’est-à-dire dont les enseignants essaieront d’arranger les notes et les appréciations des élèves en grève pour qu’ils ne soient pas trop pénalisés – « et celui en retrait du mouvement, là les minots vont être cartonnés », dans la mesure où le corps professoral sera moins en soutien des grévistes et ne fera pas franchement de zèle pour les élèves concernés. Alors, selon lui, c’est « vraiment un risque, et il est vaseux. »
Marianne, de son côté, se veut positive : « On a beaucoup de professeurs avec nous, on a donc l’espoir de ne pas être trop pénalisés, et qu’ils vont tout faire pour nous aider. » Le MNL va également demander à des enseignants « des cours particuliers pour les grévistes, afin qu’ils rattrapent leur retard sur le programme. » Et de rappeler certaines de leurs revendications : « On espère un allègement du bac cette année pour ne pas être pénalisés, la garantie de ne pas être [désavantagé] pour avoir fait grève cette année. On veut aussi la fin du système de sélection qui provoque des inégalités », clame Marianne.
En parallèle, Rémy Reynaud s’inquiète de la possibilité que Parcoursup soit utilisé comme un outil pour briser la grève. « Certains veulent l’ordre par le désordre, et espèrent qu’en menaçant avec Parcoursup, les terminales vont faire pression sur les autres lycéens pour arrêter les blocus », regrette-t-il. Une stratégie qui, pour l’instant, ne fonctionne pas, comme le montrent les chiffres des dernières mobilisations. Déterminée, Marianne appelle, pour sa part, à ne pas faiblir : « Le gouvernement ne nous écoute pas, on l’a bien vu avec la dernière allocution d’Emmanuel Macron, qui ne nous a apporté aucune réponse. Alors il faut continuer, et pour cela, on a besoin de continuer à être soutenus pour porter la parole. »