Mouvement lycéen : Naulleau, Onfray, Louise Montangon... ils détestent les jeunes

Rejoints par les étudiants, les enseignants et leurs syndicats, les lycéens se mobilisent depuis septembre pour de meilleures conditions d’études, et la remise en cause de Parcoursup dans un mouvement qui a su fédérer. Hélas, cette mobilisation a aussi offert à plusieurs personnalités l’occasion d’exprimer une haine viscérale envers les jeunes qui la portent.

Par Elias Amarouche
Par Elias Amarouche
Publié le 16 octobre 2026
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Des lycéens devant le lycée parisien Charles-Péguy; le 6 octobre 2026. Crédit : Simon Wohlfahrt / AFP

Depuis la mi-septembre, les lycéens français se mobilisent pour demander de meilleures conditions d’études, et un meilleur accès à l’enseignement supérieur via la dénonciation de Parcoursup. Rallié en cours de route par les étudiants, les enseignants et les syndicats, le mouvement a su rassembler et largement. Pour autant, la mobilisation a constitué une occasion pour plusieurs personnalités d’exceller dans l’expression d’une détestation épidermique à l’égard des jeunes qui la portent. La NVO a sélectionné ses « perles réacs ». Florilège.

Onfray et « les incultes »

Il mérite la tête de gondole de cet inventaire, tant il a souvent brillé dans ce registre ces dernières années. Le très réactionnaire Michel Onfray a (encore) eu l’occasion de s’illustrer sur le plateau de CNews le 3 octobre. Le polémiste y évoquait sa lecture du mouvement lycéen : « On a créé des incultes pendant 50 ans en leur disant « N’aimez pas la France » : voilà le résultat ». Bien loin de l’intellectuel libertaire fondateur de l’Université populaire de Caen qu’il était, Michel Onfray nous a désormais habitués à ces saillies aussi problématiques que fréquentes sur la chaîne de Vincent Bolloré, où il a ses habitudes.

Une génération d’incultes, donc. Un parti pris également porté par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, dans un éditorial publié le 9 octobre : « Il suffit d’entendre les lycéens qui s’expriment sur les écrans depuis le début des troubles : leur vocabulaire et leur syntaxe sont ceux d’un élève du primaire d’il y a vingt ans, regrette-t-il. Et ne parlons pas de leurs pancartes truffées de fautes d’orthographe. » Pour le journaliste, « la rétrogradation de la France dans le classement Pisa (une étude internationale visant à évaluer les compétences scolaires des élèves d’un pays – ndlr) était une donnée abstraite, elle a désormais le visage de ces jeunes que nous ne reconnaissons plus ». Bref, c’était mieux avant… quand on disait déjà que c’était mieux avant.

L’occasion de découvrir de nouvelles têtes

Parmi ces visages déjà bien connus du débat public, elle a su émerger. S’il existait un prix de la révélation fielleuse de l’année, elle aurait toutes ses chances pour l’emporter. Systématiquement présentée comme étudiante en philosophie à l’université Bordeaux Montaigne, Louise Montangon n’y est pourtant plus inscrite depuis 2025, selon 20minutes. Ce qui ne fait pas de doute, en revanche : sa cinquième position sur la liste du Rassemblement national aux dernières élections municipales bordelaises et son statut de responsable de l’UNI à Bordeaux, un syndicat étudiant d’extrême droite.

Un CV suffisamment étoffé pour avoir l’occasion d’étaler son expertise à la télévision, comme lors de l’émission « 100% Frontières » du 12 octobre, diffusée sur CNews : « C’est la décadence, déplore la militante. Déjà, regardez-les physiquement, ça fait peur à voir. C’est quelque chose de commun à l’extrême gauche, ils sont affreux ». Face aux images de manifestations diffusées pendant l’émission, la cascade de compliments tourne à la psychanalyse. Elle poursuit : « Ça se voit qu’ils ne vont pas bien, qu’ils ne sont pas très stables ». 

« C’est une jeunesse qui est perdue »

Un décryptage qu’Éric Naulleau a probablement apprécié. C’est en tout cas l’impression que renvoie un selfie partagé le même jour sur le compte X de l’écrivain en compagnie de Louise Montangon. La description qui l’accompagne est claire : « Une étoile est née… ». Pas étonnant que les deux aient tant à partager. Avant d’adouber sa jeune collègue, Éric Naulleau a également eu l’occasion de cracher son venin, toujours sur CNews. En commentant les images de la manifestation parisienne du 6 octobre, l’éditorialiste se laisse envahir par l’émotion : « C’est une jeunesse qui est perdue. Pas seulement décérébrée, elle est perdue » déplorait-il. Oui, l’ancien chroniqueur d’« On n’est pas couché » y est allé fort sur l’accusation générationnelle. Un procès médiatique intenté au mouvement qui n’est pas sans rappeler la posture condescendante de Bérénice Levet face aux revendications lycéennes.

Lors de sa participation à un débat diffusé le 7 octobre sur LCI, la professeure de philosophie s’en était prise à Elwan Benoît, lycéen parisien dont de nombreux médias ont fait le porte-étendard officieux de la mobilisation. « À l’école, votre vie personnelle, nous n’en avons rien à faire », expose-t-elle. Ça a le mérite d’être clair. Elle poursuit : « Je suis possesseur du savoir et vous ne l’êtes pas. Vous êtes un élève et nous ne sommes pas à égalité ». Sur l’autoroute de l’auto-célébration les radars s’affolent. Impossible de l’arrêter : « Je suis un intercesseur des grandes œuvres auprès de mes étudiants et, à une époque, j’enseignais en terminale et je peux vous dire qu’ils ont eu beaucoup de gratitude pour mon enseignement ». Décidément, ils n’ont rien mais ils donnent tout, ces étudiants.

Loin d’être exhaustive, cette sinistre sélection illustre un sentiment partagé par de nombreux jeunes mobilisés : celui de subir un regard médiatique parodique et offensant. Au-delà du potentiel loufoque de ces prises de position toujours plus caricaturales, le risque de stigmatiser une génération qui défend ses droits est bien réel. D’autant plus que ces discours ne restent pas confinés à la Bollosphère. L’émission « C ce soir » du 6 octobre, diffusée sur France 5, avait d’ailleurs elle aussi jugé bon d’inviter Bérénice Levet. Bref, les perles réacs dont on vous parlait abondent, et on se serait bien passé de ce collier…

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