Scandales, démagogie : comprendre le retour en force du bolsonarisme à la présidentielle brésilienne

Fils de Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État, Flávio Bolsonaro a recueilli 47 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, devançant Lula de deux points. Porté par le rejet du Parti des travailleurs, l'usure du pouvoir freinant ce dernier et les inquiétudes liées à l’insécurité, le candidat d’extrême droite entend poursuivre le projet politique de son père, s’il est élu le 25 octobre.

Par Yannis Angles
Par Yannis Angles
Publié le 16 octobre 2026
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Photo d'illustration Crédit : AFP

Flávio Bolsonaro, népo baby de Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite face à l’ancien syndicaliste Luiz Inácio Lula da Silva. Un passif dans le bolsonarisme qui n’a pas empêché le fils de recueillir 47 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, soit deux points de plus que le président sortant Lula.

Le projet politique du fils s’inscrit dans la continuité de celui du père : baisse des impôts, réduction du rôle de l’État fédéral et intensification de la répression contre les gangs et les trafics. À cela s’ajoute une promesse qui ne laisse guère de doute sur ses priorités : gracier son père et s’attaquer au système judiciaire qui a conduit à sa condamnation. Un désir de vengeance qui trouve un écho particulier chez les électeurs du bolsonarisme, dont une partie continue de considérer, sans en apporter la preuve, que la victoire de Lula a été entachée d’irrégularités.

Lula face à une semaine décisive

On n’en est heureusement pas encore là : il reste une semaine de campagne à mener avant le second tour de la présidentielle, prévu le 25 octobre. Mais les marges de manœuvre de Lula paraissent plus étroites que celles de son adversaire d’extrême droite. Par rapport à l’élection de 2022, le président sortant est en perte de vitesse. Il avait alors obtenu 48,4 % des voix, contre 43,2 % pour Jair Bolsonaro. En 2026, la dynamique s’est inversée. Même si la tendance sondagière est plutôt à la remontée du travailliste, Lula accuse encore un retard qu’il lui faudra combler, sans pouvoir compter sur un report automatique des voix des autres candidats.

Trois autres listes ont dépassé les 2 % des suffrages. Mais elles ne devraient pas apporter un soutien décisif à l’ancien syndicaliste. Deux peuvent être considérées comme centristes, tandis que la troisième, portée par Renan Santos, du Partido Missão, relève (elle aussi) résolument de l’extrême droite. « Nous allons tout mettre en œuvre pour que les gens se rendent aux urnes, car en cette période historique pour le Brésil, il est indispensable que la population vote », a déclaré Lula. « Une nouvelle campagne commence aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Pas de réserve donc pour Lula ? Pas tout à fait, car loin des formations politiques, il peut peut-être espérer encore quelques renforts du côté des abstentionnistes. Au premier tour, 33 millions de Brésiliens ne se sont pas déplacés aux urnes, soit 21% des électeurs. L’abstention constitue ainsi l’un des enjeux majeurs du second tour. Reste à savoir si Lula parviendra à convaincre une partie de ces électeurs de se mobiliser en sa faveur.

L’usure du pouvoir profite au bolsonarisme

Lula porte aussi une part de responsabilité dans le retour en force du bolsonarisme. À 80 ans, alors qu’il exerce son quatrième mandat présidentiel, il subit l’usure du pouvoir. Le rejet du Parti des travailleurs (PT), alimenté par les différents scandales de corruption, pèse également sur sa candidature. À cela s’ajoute le sentiment d’insécurité qui domine dans une partie du pays, qui s’explique par le record détenu par le pays du plus grand nombre d’homicide par an selon l’ONU, malgré une décru de 5,4 % sur un an entre 2023 et 2024, le Brésil a enregistré 44 127 homicides, selon l’ONG Forum brésilien de sécurité publique (FBSP).

Il suffit à Flávio Bolsonaro de marteler, tout au long de la campagne, les difficultés quotidiennes des Brésiliens : le prix élevé de la viande et du riz et les problèmes de sécurité pour mettre le président sortant en difficulté. Sans nécessairement détailler les moyens concrets qu’il entend mobiliser pour résoudre ces problèmes, le candidat d’extrême droite capitalise sur la question, à grands coups de slogans ou de mesures démagogiques.

Flávio Bolsonaro a néanmoins le sens des priorités, du moins au regard de ses propres intérêts politiques. Parmi les premières mesures qu’il entend prendre figure la grâce de son père, ainsi que celle de toutes les personnes condamnées à ses côtés pour tentative de coup d’État. Une promesse qui place la défense de l’héritage familial au cœur de son projet présidentiel.

De surcroît, ce premier scrutin ne se limitait pas à l’élection du chef de l’État. Les Brésiliens étaient également appelés à renouveler leur Congrès et les exécutifs régionaux, et les résultats dessinent une progression spectaculaire de la droite et de l’extrême droite, particulièrement au Sénat. Cinq gouverneurs proches de Bolsonaro ont été élus dès le premier tour, notamment à São Paulo, sur les 27 à renouveler. À l’inverse, le PT n’a réussi à faire élire que trois gouverneurs dès le premier tour. Les seconds tours s’annoncent difficiles pour plusieurs de ses candidats : la droite et l’extrême droite sont arrivées largement en tête dans plus d’une vingtaine de scrutins. Cette recomposition politique pourrait donner à Flávio Bolsonaro des marges de manœuvre importantes pour mettre en œuvre son programme, s’il remporte la présidentielle.

Une victoire pour l’extrême droite et pour Trump

Le plus grand pays d’Amérique latine, qui semble être le dernier village d’irréductibles Gaulois face à la mainmise de l’extrême droite et de Trump sur le continent, pourrait donc tomber à son tour. La chute ravirait le président américain qui s’est déjà félicité au lendemain du premier tour des résultats de Flàvio Bolsonaro : « C’est une grande victoire serrée, mais une très, très grande victoire. Incroyable. » Cette première marche vers la victoire pour le président américain, s’inscrit dans la continuité de son projet d’étendre l’influence et la main mise des États-Unis en Amérique latine. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les victoires de l’extrême droite se multiplient dans les scrutins présidentiels du sous-continent. Parmi eux, le premier à réagir au résultat de l’élection figure le président argentin d’extrême droite, Javier Milei. 

Les résultats du premier tour ont eu l’effet d’un électrochoc dans une partie du pays, qui refuse de laisser un boulevard à l’extrême droite sud-américaine et à Donald Trump. Depuis plusieurs jours, les manifestations se multiplient dans l’espoir de mobiliser les Brésiliens contre le fils Bolsonaro. Dans les rues, les slogans visent directement le candidat d’extrême droite : « Non au père, non au fils » ou encore « Plus jamais Bolsonaro ». Ces mobilisations de dernières minutes auront-elles des conséquences sur le résultat final des élections ? Réponse le 25 octobre. 

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