13 août 2026 | Mise à jour le 13 août 2026
Après leur entrevue avec le ministre de l’Intérieur, ce jeudi 13 août, les syndicats de pompiers sont repartis « très déçus » et sans réponses concrètes à leurs revendications sur les effectifs, les financements et la santé. Et ce, alors que les feux de cet été ont une nouvelle fois mis en lumière le manque de moyens humains et matériels auxquels ils font face depuis plusieurs années. L'intersyndicale appelle à des mobilisations à la fin du mois de septembre.
Le préavis de grève et l'annonce d'une conférence de presse de l'intersyndicale des pompiers ont finalement décidé Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur, à rencontrer l'ensemble des organisations syndicales représentatives ce jeudi 13 août. Au cœur du rendez-vous : « Faire le point sur l'avancée des travaux en cours portant sur le projet de loi de modernisation de la sécurité civile et sur les modalités de financement des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). »
À la sortie de leur entrevue avec le ministre, les syndicats ont tenu une conférence de presse, place Beauvau. Le porte-parole de l'intersyndicale, Xavier Boy, a dénoncé des « moyens qui ne suivent pas » et demandé des « recrutements massifs ». Il estime que les pompiers « ne peuvent pas compenser indéfiniment les insuffisances d'un système arrivé à saturation ». Le ministre de l'Intérieur n'est « pas au rendez-vous », laissant les neuf syndicats composant l'intersyndicale « très déçus » et sans réponses concrètes.
Du côté de la CGT, le sentiment est partagé. « Il s'en remet toujours au projet de loi de finances qui doit passer en octobre. Il nous a indiqué certaines évolutions, notamment des mesurettes avec le pacte capacitaire qui permet de financer des engins, mais on n'a aucune réponse sur la question des ressources humaines ou sur la santé », dénonce Laurent Guilloteau, membre du collectif CGT-Sdis. Pour le syndicaliste, aucun élément concret n'est ressorti de la rencontre : « Il n'a pas été en capacité de nous donner des chiffres, alors qu'on réclamait des engagements chiffrés. »
Laurent Guilloteau en a également profité pour dénoncer auprès du ministre une situation qu'il juge « ubuesque » en période de crise. « Il y a 2 500 lauréats du concours de caporal de sapeurs-pompiers professionnels qui ne sont pas recrutés faute de budget et personne n'a eu l'idée de les appeler lors des incendies de ces dernières semaines », a-t-il dénoncé. La centrale revendique en outre le recrutement de 21 000 sapeurs-pompiers.
Une intersyndicale soudée face au gouvernement
Ce n'est pas la première fois que les syndicats, de manière concertée, alertent le gouvernement sur la situation qu'ils traversent. En avril 2026, avant même le début de la saison des grands incendies, les neuf syndicats représentatifs des Sdis écrivaient au Premier ministre pour alerter sur des conditions de travail « de plus en plus dégradées » et dénoncer le sous-effectif et le sous-financement.
Pendant que les pompiers luttaient contre le mégafeu en Gironde, le gouvernement multipliait les interventions dans les médias pour balayer les critiques et expliquer qu'elles relevaient de la polémique. La dernière en date est celle du ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, Jean-Didier Berger, invité de la matinale de RMC le 11 août. Il assurait que « beaucoup de moyens ont été mis sur la table », et se félicitait du financement par l'État de 500 nouveaux engins.
« Le discours n'a pas changé. Laurent Nuñez est surtout revenu sur la polémique autour des moyens aériens. Mais une chose qu'il méconnaît, c'est que si vous n'avez pas de troupes au sol, vous n'avez pas d'efficacité. Notre polémique à nous, c'est le manque de moyens et de personnels sur le terrain », rappelle Laurent Guilloteau.
« On va aller dans la rue »
De son côté, après la réunion, le ministre de l'Intérieur a annoncé sur X qu'un projet de loi de modernisation de la Sécurité civile serait présenté aux pompiers « au début du mois de septembre ». En attendant, les pompiers appellent à la mobilisation pour faire entendre leurs revendications et comptent bien mettre la pression sur l’exécutif pour se faire entendre. En plus de la journée d'action de la fonction publique, prévue le 29 septembre, l'intersyndicale des pompiers organisera « une manifestation statique les 26, 27 et 28 septembre, sur la place de la République, à Paris », a précisé Xavier Boy.
« La différence entre 2022 et 2026, c'est qu'on a des pertes d'habitats, des pertes humaines, même dans nos rangs. En 2026, on ne va pas lâcher. On va aller dans la rue le 29 septembre. Ça ne sera pas 18 représentants des sapeurs-pompiers, mais plusieurs milliers de pompiers », prévient Laurent Guilloteau.