En Grèce, la mort suspecte du chanteur Giórgos Mazonákis met le système de santé au pied du mur

Giórgos Mazonákis, icône grecque de la pop, est mort après un arrêt cardiaque consécutif à un transfert de plasma réalisé comme traitement anti-âge. Sa disparition met en évidence les failles du système de santé national. Au cœur du scandale : ces « cures de jouvence » promues et vendues sans contrôle et, plus largement, la volonté du gouvernement de développer le « tourisme médical ».

Par Pierre Wasserman
Par Pierre Wasserman
Publié le 28 septembre 2026
Giórgos Mazonákis
L’enquête sur la mort de Giórgos Mazonákis, diligentée par la sous-direction de la sécurité d’Athènes, a démontré de nombreuses défaillances. Crédit : capture d'écran YouTube

Depuis bientôt trois semaines, la Grèce est secouée par la mort du célèbre chanteur Giórgos Mazonákis. Très vite, l’émotion a laissé place à la sidération, et les questions se sont multipliées. En effet, la star, morte le 9 septembre 2026 à l’âge de 54 ans, a succombé à un arrêt cardiaque consécutif à un échange de plasma détourné de son usage thérapeutique et employé comme traitement anti-âge, un acte souvent proposé dans des établissements cherchant à développer le tourisme médical. Depuis la mort du chanteur, membre du jury de l’émission The Voice, chaque jour apporte son flot de révélations, lesquelles génèrent un grand débat national sur les défaillances du système de santé grec, et en particulier sur les « cliniques de rajeunissement ».

« Giórgos Mazonákis était issu des classes populaires. Beaucoup de Grecs s’identifiaient à lui, ils appréciaient son authenticité, rapporte Alexandra Koronaiou, professeure émérite de sociologie. C’est pour cette raison que sa mort, qui comporte de nombreuses zones d’ombre, fait grand bruit. Elle interroge la validité de certaines institutions de santé grecques. » L’enquête, diligentée par la sous-direction de la sécurité d’Athènes, démontre en effet de nombreuses défaillances. Tout d’abord, les médecins qui ont procédé à l’échange de plasma auraient tardé à intervenir et appeler les secours. Ensuite, l’établissement privé où cette opération a été réalisée se présente comme une clinique, mais ne disposait visiblement pas du matériel de réanimation. Des doutes existent enfin sur la façon dont différents traitements auraient été vendus au chanteur.

Des services proposés « sans contrôle »

Face à tous ces éléments, les institutions médicales ont sonné l’alarme. L’Ordre national des médecins a envoyé un courrier au ministère de la Santé dans lequel il juge inacceptable qu’on puisse permettre à des cabinets médicaux ou à « d’autres entreprises du secteur de la santé de promouvoir, en violation de la loi et de la déontologie médicale, des traitements soi-disant miraculeux, aux résultats scientifiques inexistants, des guérisons garanties ou des promesses de rajeunissement et d’inversion de l’usure naturelle du temps ».

De son côté, la Société hellénique d’hématologie (SHH) a mis en garde contre « l’utilisation de thérapies “régénératrices” non fondées scientifiquement », lesquelles sont souvent dispensées par des personnes ne possédant pas de diplôme de médecine. En 2019, la SHH s’inquiétait déjà que ces « services [soient] proposés au public sans contrôle. » Elle soulignait également les risques liés à la promotion et à la publicité des thérapies cellulaires. Et réclamait l’ouverture d’une enquête sur les établissements proposant ces soins, ainsi que le renforcement du contrôle réglementaire et une information officielle du public sur les risques potentiels.

Avec la bénédiction du gouvernement…

Mais le gouvernement grec n’a visiblement pas pris la mesure du problème. Pour preuve, les médecins incriminés dans l’affaire Giórgos Mazonákis sont intervenus lors de plusieurs colloques aux côtés de ministres de la Santé, notamment pour présenter leurs « traitements ». Ensuite, le Premier ministre, Kyriákos Mitsotákis (leader du parti de droite conservatrice Nouvelle Démocratie), a fait du « tourisme médical » un pilier stratégique pour soutenir la croissance économique : le chef de l’exécutif entend ainsi développer les soins médicaux, dentaires ou chirurgicaux spécialisés, et ce, dans divers domaines, notamment l’orthopédie, la chirurgie esthétique et ophtalmique ou encore la lutte contre l’infertilité. Enfin, en septembre 2025, à Thessalonique, Ólga Kefaloyánni, la ministre du Tourisme, déclarait que « le tourisme médical offre un potentiel de développement considérable pour la Grèce, en dynamisant le secteur touristique tout au long de l’année et en mettant en valeur les services de santé du pays ».

Mais qu’en est-il de la sécurité réelle des patients dans ce type d’établissements ? Depuis la crise de 2008-2009, le système de santé grec s’est effondré. Les dépenses publiques dans ce secteur sont passées d’un peu plus de 15 milliards d’euros en 2009 à moins de 9 milliards d’euros en 2015, niveau auquel elles ont été maintenues jusqu’en 2020. Avant de ré-augmenter avec le Covid : de 9,7 milliards d’euros en 2020 à 12 milliards d’euros en 2024. Toutefois, dans le même temps, le poids des établissements de santé privés s’est accru. Ce qui soulève, une nouvelle fois, la question fondamentale de la marchandisation de la santé, laquelle oppose deux conceptions opposées : la santé vue comme un droit social versus la santé vue comme un marché et une source potentielle de profit. Avec les désastres que cela comporte…

separator top
separator bottom

Nos articles les plus lus

Articles recommandés pour vous