À la veille de la rentrée scolaire, quatre enseignants des Bouches-du-Rhône exerçant en primaire ont été suspendus à titre conservatoire pour quatre mois par le rectorat. Convoqués le 31 août, avec sept autres professeurs, pour un entretien préalable à une éventuelle sanction, ils font actuellement l’objet d’une enquête. « C’est extrêmement violent pour les camarades concernés », dénonce auprès de la NVO.fr Lola Gourieux, professeure du premier degré et co-secrétaire de l’Educ’Action CGT 13.
Que s’est-il passé ? Pour la CGT, cette enquête et ces suspensions à l’école de la Ciotat, qui visent notamment un professeur syndiqué à la CGT et un autre à Force ouvrière, sont liées « à la mise en cause de leurs activités syndicales pures ». « On leur reproche d’avoir recours aux textes de loi, de contester des choses qui sont contestables : l’état du bâti, la défaillance de l’alarme incendie, le défaut d’accompagnement des élèves en situation de handicap sur le temps méridien », détaille Lola Gourieux. « Ils sont donc mis en cause juste parce qu’ils font leur travail syndical », dénonce-t-elle.
« On m’écarte comme si j’étais une dangereuse criminelle »
Coralie Hernandez, professeure depuis plus de trente ans, devait faire sa rentrée à l’école de La Ciotat. Elle fait finalement partie des quatre enseignants suspendus provisoirement. « Fin août, tu vois que tu n’as rien, tu te dis que tu vas pouvoir reprendre dans ton école. Mais, vu le rapport provisoire, tu te dis quand même que ça va être compliqué », raconte-t-elle à la NVO.fr.
Le 31 août, jour de la pré-rentrée, elle reçoit dans sa boîte professionnelle un courrier dont l’objet est simplement « convocation ». « Sans savoir pourquoi », précise-t-elle. Depuis, elle est donc suspendue pour quatre mois, dans l’attente d’une éventuelle sanction disciplinaire. Elle n’a plus le droit, de surcroît, de se rendre dans son ancienne école, ou d’entrer en contact avec le personnel. Une mesure vécue comme une mise à l’écart brutale. « C’était affreux, et dit d’une froideur… C’était inhumain. J’avais l’impression d’être au tribunal. On m’écarte comme si j’étais une dangereuse criminelle qui mettrait en danger les enfants », témoigne-t-elle.
Coralie Hernandez a pu prendre connaissance du rapport provisoire la concernant dans le cadre de la procédure contradictoire. Selon elle, « tout le rapport porte sur mon syndicalisme et le fait que j’entrave le fonctionnement de l’école et que je suis responsable de la dégradation du climat de l’école ».
La CGT dénonce une remise en cause du syndicalisme
La CGT insiste sur le contexte départemental dans lequel intervient cette procédure. « Dans les Bouches-du-Rhône, le contexte du dialogue social est dur. Par exemple, en mars, il y a eu un mouvement social des lycéens. Le directeur d’académie a photographié les élèves pendant les manifestations et a demandé aux chefs d’établissement de les identifier », raconte Lola Gourieux. La CGT a depuis saisi le Défenseur des droits à la suite de ces faits, ainsi que la CNIL.
Une suspension à titre conservatoire n’est pas considérée comme une sanction par l’administration. Elle est pourtant vécue comme telle par les enseignants concernés. « L’Éducation nationale les considère donc en substance comme trop dangereux pour être devant des élèves. C’est d’une extrême violence alors qu’on parle de syndicalistes », dénonce Lola Gourieux. Les trois autres professeurs suspendus ont jusqu’au 14 septembre pour produire, avec leur avocat, un mémoire contradictoire afin de répondre à l’ensemble des faits qui leur sont reprochés dans le rapport provisoire.
Pour Coralie Hernandez, cette procédure dépasse son seul cas personnel. « Je pense que ce n’est que le début. Petit à petit, on tente de museler le syndicalisme. C’est à l’image de ce qu’il se passe un peu partout en France, avec d’autres professeurs comme à Stains, ou encore plus largement à l’encontre du syndicalisme, avec les tentatives de fermeture de Bourses du travail qui se multiplient. C’est très inquiétant pour l’avenir ! », conclut-elle.