En France, une personne sur dix risque de tomber dans la précarité alimentaire dans la décennie à venir, estime une étude sur l’extrême pauvreté publiée ce lundi 5 octobre et fondée sur les données des Restos du coeur. Qui sont les plus précaires ? Quels facteurs expliquent la bascule vers la misère, et quels leviers pour en sortir ? Réalisée par cinq chercheurs en économie exerçant en Europe et aux États-Unis, l’étude s’appuie sur des millions de données des Restos du coeur pour analyser les dynamiques de l’extrême pauvreté.
Les chercheurs ont analysé de nombreux paramètres pour expliquer quels facteurs amènent à entrer et sortir de la précarité (taux de chômage, revenu moyen, inflation, nombre d’entreprises, disponibilité des logements sociaux, etc.). Résultat : le taux de chômage et l’inflation des loyers figurent parmi les principaux facteurs qui expliquent l’entrée dans l’extrême pauvreté. Ainsi, une hausse de 10% du taux de chômage entraîne une augmentation de 13% du nombre de personnes en précarité alimentaire et de 10% en précarité résidentielle.
« Les politiques publiques agissant sur les marchés du travail et du logement sont en mesure d’aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté », conclut l’étude. En revanche, les paramètres macroéconomiques n’ont pas d’impact significatif sur les taux de sortie de la précarité. Les ménages déjà dans cette situation ont besoin d’un « soutien précoce et ciblé » pour en sortir, selon l’étude.
Grandes tendances
S’il est donc possible de mieux en comprendre les ressorts, le phénomène « reste un angle mort des études économiques », notamment en raison du manque de données sur les populations les plus précaires, a déclaré lors d’une conférence de presse l’un des auteurs des travaux, Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l’Université de Brown, dans le Rhode Island. Entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours au moins une fois à l’aide alimentaire des Restos du coeur.
Ces personnes sont accompagnées en moyenne 18 mois. « La majorité sortent de l’aide alimentaire au bout d’un an et une minorité de 14% y restent plus de trois ans », a précisé Alexandre Gaillard, également membre associé à Toulouse School of Economics. Le fait que les personnes sont accueillies « relativement peu de temps » signifie que « l’échantillon se renouvelle constamment », souligne l’étude, qui estime qu’un habitant sur 10 en France risque d’être concerné au cours de la prochaine décennie.
La plupart des personnes accueillies sont sans emploi (90%), un chiffre qui inclut 3% d’étudiants, 10% de personnes handicapées et 11% de retraités. Plus d’un tiers (40%) sont en situation de « précarité résidentielle » (hébergées par un tiers, en hébergement d’urgence ou sans-abri). Parmi elles, 25% sont des enfants de zéro à neuf ans.