« Une chape de plomb se pose sur Carcassonne » : un cauchemar médiatique qui dit la réalité du terrain

Saillies racistes dans la police municipale, prêche d'extrême droite, et outrances du maire RN. Citée fréquemment, et de façon peu flatteuse, dans l'actualité ces derniers mois, Carcassonne n'a pas bonne presse. Sur place, les contre-pouvoirs sont écœurés de l'image renvoyée par la commune, et font face à une réalité du terrain affectée par l'autoritarisme du maire élu en mars.

Par Elias Amarouche
Par Elias Amarouche
Publié le 24 septembre 2026
FRANCE-ELECTION-MUNICIPAL2026
Christophe Barthès, maire RN de Carcassonne. Crédit : Valentine Chapuis / AFP

Des policiers municipaux pris en flagrant délit de racisme et de sexisme, un aumônier militaire pointant la gauche comme l’antéchrist, un nouveau maire RN qui multiplie les atteintes aux libertés… Ces derniers temps, Carcassonne ne fait pas franchement rêver. Sur place, ces dérives, et la perception de la ville qu’elles suscitent, laissent place à la détresse.

« Il y a une chape de plomb qui se pose sur Carcassonne, déplore Sophie Trochet, secrétaire départementale de la CGT de l’Aude. Beaucoup d’habitants sont écœurés de l’image que renvoie la ville, surtout dans un département qui a toujours été porteur de luttes sociales. Ils sont assez tristes de donner cette image là, surtout à travers ce personnage – Christophe Barthès, maire RN de Carcassonne, ndlr – qui adore faire le buzz. » Et hélas, la ville en a fourni la matière.

Des épisodes aussi fréquents que sinistres

« J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… » Voilà la nature des propos tenus par un policier municipal de Carcassonne à ses collègues lors d’une patrouille nocturne en novembre 2025. Le 8 septembre 2026, le quotidien régional Midi libre a publié des vidéos capturées par la caméra-piéton d’un des agents, révélant des discussions fleuries mêlant racisme, sexisme, et théories du complot. Le policier menant la conversation officiait dans le service d’ordre du Rassemblement national, en plus d’en être un adhérent (il en a été ensuite exclu). Les agents impliqués ont été suspendus depuis.

Plus récemment, Le Canard enchaîné a relayé une vidéo enregistrée lors d’une messe célébrée en octobre 2025 dans la cathédrale de Carcassonne, où était réuni le 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine. Dans cette vidéo, l’aumônier militaire y officiant fait part de sa fervente opposition aux « gauchistes », et reprend l’argumentaire soutenant la théorie du « grand remplacement », chère à l’extrême-droite.

Autre épisode sordide exposé dernièrement, la mort d’un homme sans domicile fixe en juillet 2026, seulement quelques jours après une violente intervention de la police nationale (d’ailleurs accompagnée par l’un des membres de la patrouille désormais célèbre pour ses saillies racistes) lors de laquelle il s’est retrouvé projeté au sol par l’un des agents. Une procédure disciplinaire a été ouverte depuis.

À l’évidence, l’atmosphère médiatique autour de la ville n’a rien d’un malentendu. Pour Sophie Trochet, le terrain montre une réalité préoccupante, surtout depuis l’élection municipale du 22 mars dernier remportée par Christophe Barthès (RN), qui a, depuis, multiplié les offensives contre les contre-pouvoirs, lançant même une vague de répression syndicale. « On vit notre vie, on continue à faire ce qu’il y a à faire, mais on s’attend à tout. Sans avoir peur pour autant, on est inquiets. On continuera à lutter pour nos libertés syndicales, et contre les idées de l’extrême droite, c’est ce qui nous permettra de nous sauver. »

Une lutte rendue plus aiguë encore par la tentative de l’édile d’interdire aux syndicats l’accès à la Bourse du travail, que l’union départementale de la CGT à Carcassonne utilise comme siège. Une volonté d’éviction – pour le moment contrecarrée par la motion de soutien aux syndicats adoptée par le conseil départemental – motivée par de soi-disant considérations financières… et la solidarité des organisations de travailleurs à une manifestation contre l’extrême droite fin avril.

L’autoritarisme au service d’une guerre culturelle

Sophie Trochet tire un premier bilan de l’action du néo-maire : « Il tisse sa toile sur tous les sujets : politiques, culturels, populaires pour distiller une monoculture blanche chrétienne, en mettant de côté les autres, comme les personnes de confession musulmane ou les athées. Le personnage essaie d’enfermer les gens dans l’idée où il n’y aurait qu’une façon de penser, qu’une culture : celle du repli sur soi. Ça donne un ton très sombre sur la ville et le département. »

Un autoritarisme au service d’une bataille culturelle qui ne se cache pas. C’est ce qui transparaît par exemple derrière la tenue prochaine d’un banquet du Canon Français à Carcassonne, avec la bénédiction de Christophe Barthès. Sources de controverses ces derniers mois, ces grands repas promeuvent un imaginaire nationaliste et réactionnaire sous couvert de revendiquer la promotion du terroir et du patrimoine français. En mai 2026, une enquête judiciaire a d’ailleurs été ouverte à la suite de signalements de propos racistes, sexistes et de saluts nazis durant l’un de ces banquets à Caen. L’entreprise à l’origine de ces événements est bien aidée par le financement du milliardaire français conservateur Pierre-Édouard Stérin. Guidé par l’ambition d’un triomphe présidentiel du RN en 2027, l’exilé fiscal installé en Belgique pousse à coups de millions d’euros pour imposer sa vision pour la France. Une pétition a en tout cas été lancée pour protester contre la venue du Canon français à Carcassonne.

Autant d’éléments qui se mêlent à l’autoritarisme de Christophe Barthès renvoyant à une préoccupation politique plus large, à quelques mois de la présidentielle. Devant ces menaces, Sophie Trochet lance l’alarme contre une certaine inertie : « Qu’on ne veuille pas se fâcher avec la population, je n’ai rien contre. Mais il faut le dire, l’extrême-droite ne sera jamais propre. Le RN ne sera jamais un parti comme les autres. Mis à part les organisations syndicales qui ont été claires sur leur position, il y a une certaine perméabilité et un laisser faire qui ne peut pas continuer. 2027 c’est demain et la démocratie est en danger dans le pays. »

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