Ulcéré, sidéré... au RN, 36 manières de tomber des nues devant les révélations de Mediapart sur Bardella

Lundi 28 septembre, le site d'investigation Mediapart a dévoilé des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, président du Rassemblement national. L'intéressé, qui les aurait rédigés entre 2013 et 2015, s'en défend, et ses copains du RN ont volé à sa rescousse. Avec plus ou moins de conviction et de brio toutefois.

Par Robin Verner
Par Robin Verner
Publié le 29 septembre 2026
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Marine Le Pen, Jordan Bardella et Sébastien Chenu lors d'une conférence de presse du Rassemblement national, le mardi 29 septembre, à l'Assemblée nationale. Crédit : capture d'écran LCP.

« Comment ? Qu’est-ce que j’apprends ? » Et José Garcia (alias Serge Benamou) de débouler, toute outrance dehors, au milieu de Richard Anconina, Bruno Solo et Gad Elmaleh, surjouant la colère et la surprise. C’est cette scène, tirée de La Vérité si je mens 2, qui nous revient curieusement en tête au moment d’assister au défilé devant la presse des têtes contrites ou courroucées du RN, feignant la sidération après que, lundi 28 septembre, Mediapart a dévoilé une interminable liste de saillies antisémites attribuées à Jordan Bardella. D’après l’article, l’actuel président du Rassemblement national a enchaîné, entre 2013 et 2015, un nombre faramineux de considérations ahurissantes, comme « les banques sont toutes détenues par des juifs », « le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser, les voler » etc., etc.

Bien sûr, voir le RN, ex-FN, rattrapé une fois de plus par l’antisémitisme le plus crasse n’étonnera pas grand-monde. Enfin, pas parmi les personnes sachant à quoi s’en tenir sur l’histoire de cette formation fondée par Jean-Marie Le Pen et les pro-nazis Pierre Bousquet, Léon Gaultier, François Duprat, François Brigneau. Ni les observateurs de la vie politique, qui ne risquent pas d’ignorer que les militants actuels du RN donnent régulièrement dans l’injure raciste, comme il y a peu à Carcassonne. Évidemment. Mais les cadres du parti ont bien dû tout de même assurer le service après-vente. Et affirmer que la chose était si peu croyable qu’ils en tombaient de l’arbre.

Au Salon du Bâtiment, Marine Le Pen ne casse pas des briques

À commencer par le premier concerné, qui a dénoncé sur tous les tons des « propos délirants », « n’étant pas les [s]iens », des « faux grossiers », d’abord sur X, puis sur l’inévitable plateau de CNews animé par Pascal Praud, et enfin lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 29 septembre avec Marine Le Pen à l’Assemblée nationale. Jordan Bardella, qui était déjà adhérent du RN entre 2013 et 2015, intervalle durant lequel il a par ailleurs glané son premier mandat d’élu, au conseil régional d’Île-de-France, a annoncé porter plainte en diffamation contre Mediapart.

Mais la réplique s’est voulue collective. Dans les travées du Salon du Bâtiment, Marine Le Pen a ainsi fait dans le gros œuvre. Roulant des yeux, du menton et des épaules, la candidate à la présidentielle a notamment lancé : « Ce que vous me dites, je n’y crois pas. Je ne peux pas être plus claire que ça ! Je n’y crois pas du tout ! Je n’ai même pas besoin d’en parler avec Jordan Bardella. Ce n’est pas que ça n’est pas un sujet : c’est que c’est une dinguerie ! »

Avait-elle été sciée de la même manière l’an passé devant les révélations sur la carrière de Caroline Parmentier dans le journal intégristo-nationaliste Présent ? Trente ans durant, jusqu’en 2018, celle qui a été élue députée dans le Pas-de-Calais en 2022, et qui apparaît comme l’une des meilleures amies de Marine Le Pen à la ville, n’a cessé d’y conspuer un prétendu « lobby juif », d’y célébrer Pétain, Brasillach et les autres. Sans pour autant quitter le premier cercle de la patronne, et encore moins la famille frontiste.

Service minimum ou loufoque

Avant de savoir si le président du RN bénéficiera de la même bienveillance / cécité / impunité (barrez la ou les mentions inutiles), précisons qu’il aura au moins bénéficié d’un beau tir de barrage. Déclenché également par des porte-flingues pourtant plus lepénistes que bardellistes. Si Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale et député élu dans le Nord, s’est contenté du service minimum, Jean-Philippe Tanguy, son homologue de la Somme – récemment épinglé pour sa reprise, lors d’une réunion publique, de la devise d’Auschwitz « Le travail rend libre » – a choisi plus loufoque. Il a ainsi publié sur X : « Mediapart permet à M. Plenel (NDLR, Edwy Plenel, cofondateur et ex-patron de Mediapart) de salir des innocents pour faire oublier qu’il a soutenu le meurtre de 11 athlètes israéliens aux jeux Olympiques de Munich en 1972. » Une référence – très éculée à l’extrême droite – à un article écrit par le jeune Edwy Plenel, il y a cinquante-quatre ans, dans le journal trotskyste Rouge sous le pseudonyme de Joseph Krasny, où celui-ci livrait une lecture certes un brin gauchisante du drame sans toutefois le nier.

Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN au Palais-Bourbon et directeur adjoint de la campagne de Marine Le Pen, a, pour sa part, servi un commentaire lapidaire – et qu’on jurerait caustique à le lire ainsi – au Parisien : « Je ne sais pas d’où ça sort. Connaissant Jordan, ça m’étonnerait. »

Il y a les sidérés, et les sidérants. On pense ici, pour clore ce concert un chouia disgracieux, à l’embarras de Me David Dassa-Le Deist, conseil de Jordan Bardella, sur LCI. Interrogé par une journaliste curieuse de savoir s’il fallait s’attendre à un mea culpa du député européen dans un futur proche, il a répondu dans l’improvisation et la gêne : « Vous demanderez au principal intéressé. Nous n’en sommes pas du tout, du tout là. » Qu’il se rassure, il n’était donc même pas le pire avocat de son client.

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