Ils ne sont pas seuls et ils ne lâcheront rien. Devant le siège de Sodexo à Issy-les-Moulineaux, des centaines de salariés étaient rassemblés ce mardi 22 septembre à l’appel de la CGT pour dénoncer les annonces brutales de leur direction qui, malgré de très confortables bénéfices (la bagatelle de 695 millions d’euros pour le dernier exercice), envisage un plan de réduction d’emplois massif. 1097 suppressions d’emplois, dont 963 postes dans la restauration et la maintenance auxquels s’ajouteraient 134 postes supplémentaires au siège du groupe, sur le lieu-même du rassemblement.
Des personnalités politiques avaient même fait le déplacement pour manifester leur soutien ; notamment les candidats à la présidentielle Fabien Roussel (PCF) et Nathalie Arthaud (LO), mais aussi Aurélie Trouvé pour LFI. Des représentants de Sud Solidaires et une délégation du syndicat LGBL de Sodexo Luxembourg s’y étaient également donnés rendez-vous.
En première ligne des ravages
Gilles Sevilla, délégué syndical central CGT de Sodexo, ne décolère pas face aux ravages sociaux d’un tel plan : « Tous les secteurs vont être impactés, mais principalement la restauration des établissements scolaires. Or, ce sont des salariés qui ont déjà des salaires très bas, de l’ordre de 1580 euros mensuels avec dix ans d’ancienneté. Et on connaît déjà des collègues qui ne peuvent plus payer leur loyer, dorment dans leur voiture… »
« Nous voulons alerter aujourd’hui parce que les licenciements boursiers aujourd’hui chez Sodexo, c’est contagieux. Demain ce sera Elior, et d’autres boîtes » ajoute Fabienne Dos Santos, coordinatrice CGT du groupe Sodexo.
Béatrice, qui travaille dans une cuisine centrale de restauration scolaire à Osny (95) confirme son inquiétude : « Je suis depuis 23 ans dans ce travail et nous sommes inquiets. Je suis quasiment encore au SMIC à part la cinquantaine d’euros auxquels me donne droit cette ancienneté. Et puis la restauration scolaire impose son rythme, pas de travail, pendant les vacances scolaires, parfois des contrats de moins de 20 heures… ». « On se sent menacés et en colère ajoute Jean-Éric de la cuisine centrale de Buchelay (78). On touche le SMIC et on a des collègues, des familles, qui sont en détresse. Pour s’assurer que certains aient au moins un repas par jour, on a dû contraindre à voter au CSE un accès aux surplus des repas de nos cantines. Nous donnons vraiment de nous-mêmes dans notre travail, et pour quelle reconnaissance ? »
Le gouvernement dans le viseur
« Derrière les chiffres, ce sont surtout majoritairement des femmes en précarité qui sont visées. Nous interpellons donc le gouvernement pour que toute la lumière soit faite sur le scandale des aides publiques et des licenciements boursiers. Car sans l’appui du gouvernement ce plan ne peut pas être mis en œuvre » estime Amar Lagha, secrétaire général de la fédération CGT Commerce et Services.
En fin de rassemblement, Sophie Binet Secrétaire générale de la CGT, est intervenue, traçant quelques perspectives
« Ceci n’est pas un plan social, c’est un plan de licenciements. Ceci n’est pas un plan de licenciements économiques, c’est un licenciement boursier… Pourquoi est-ce qu’en France on peut licencier lorsqu’on a distribué 4,5 milliards aux actionnaires depuis 12 ans et qu’en plus on est en expansion et en croissance ? », a-t-elle d’abord lancé, resituant ensuite : « Parce qu’un président de la République, nommé Emmanuel Macron a fait une réforme il y a dix ans : les ordonnances travail. Ce qui permet maintenant de licencier sans motif. » Elle a alors rappelé : « La bataille ne fait que commencer. En matière d’annulation de plan de licenciement, la CGT a une expérience : c’est Auchan, un énorme plan de licenciements, presque 3000 licenciements annulés en justice, avec une victoire retentissante. » Elle a enfin indiqué : « Aujourd’hui le message est clair : annuler un plan de licenciements, on sait faire, on va s’y attaquer (…) Pour gagner, il ne faut pas entrer en discussion sur la prime de licenciement. Il faut que les syndicats refusent de signer un plan de licenciements qui n’a aucune justification économique. Et pour cela il faut interpeller l’Inspection du Travail, la Direction du Travail, pour lui demander de ne pas valider un tel plan. »
La délégation de la CGT Auchan a d’ailleurs été accueillie avec une chaleur toute particulière. À présent, le plan de bataille est dressé. D’autres actions sont attendues dans les semaines à venir.