« Ras-le-bol de notre précarité » : à Rennes, 5000 personnes dans les rues pour préserver l'école et l'hôpital

Environ 5 000 personnes ont défilé dans les rues de Rennes, le 29 septembre, à l'appel d'une large intersyndicale (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP) pour soutenir la fonction publique. L'attachement à des services publics de qualité était dans toutes les bouches.

Par Lucie Inland
Par Lucie Inland
Publié le 30 septembre 2026
manifestation Fonction publique Rennes 29/09/2026
Personnels du CHU, accompagnantes d'élèves en situation de handicap, assistantes sociales, lycéens : dans le cortège de la manifestation, à Rennes, mardi 29 septembre, tous étaient d'accord sur la nécessaire défense des services publics. Crédit : Lucie Inland.

11 h, esplanade Charles-de-Gaulle, à Rennes. Le cortège commence à se rassembler sous un ciel voilé. Dans les amplis du camion de la CGT, l’ironique J’aime mon pays, du groupe électro Sexy Sushi, donne le ton. Une heure plus tard, ils sont près de 5000 à marcher vers le centre-ville, déterminés à se faire entendre pour défendre les services publics. « On a bien vu à quel point on en avait besoin cet été, notamment avec le manque de pompiers », illustre Cait, salariée de Capgemini.

« On ne prend plus le temps avec les patients »

« L’hôpital public est à la dérive », soupire Delphine, membre de l’union locale de la CGT et psychologue au CHU de Rennes. « Les services sont en sous-effectifs constants : il y a régulièrement des démissions car les personnels ne supportent plus les conditions de travail ou le management toxique, parce que l’hôpital est géré comme une entreprise qui doit faire des bénéfices », liste-t-elle.  « On ne prend plus le temps avec les patients, c’est fini », ajoute Hélène, assistante sociale au sein du même hôpital. Elle et ses collègues constatent « une plus grande précarité » chez les patients et pointent la difficulté à assurer la continuité des soins, « car il manque des aides à domicile ou des places en Ehpad ».

Au CHU de Nantes comme partout en France, les personnels et les patients ont souffert des épisodes de canicule de cet été. « Les bâtiments sont mal adaptés au changement climatique et refaire l’isolation coûte trop cher », déplore Hélène. Et les conditions de travail ne sont pas meilleures dans le centre chirurgical et interventionnel (CCI) tout neuf : « Les équipes travaillent douze heures, avec une alternance jour/nuit car il n’y a pas assez de personnels la nuit », décrit Delphine.

Des métiers peu valorisés

« Au bout de quatorze ans, je gagne 993 euros net par mois, dont une prime de 79 euros », confie Sandrine, accompagnante des élèves en situation de handicap (AESH) à Saint-Domineuc, une commune située à une trentaine de kilomètres au nord de Rennes. « C’est un métier utile, que j’aime, même si on se fait cracher dessus ou frapper. » La précarité financière lui pèse : « Je ne sais pas comment je vais payer les factures pour me chauffer cet hiver », confie-t-elle.

Isabelle, également AESH à Bain-de-Bretagne, à quarante kilomètres au sud de Rennes, abonde : « Ras-le-bol de notre précarité, du prix de l’essence pour aller travailler. » Elle décrit un cadre dégradé, tant pour elle que pour ses élèves. « Avant, on avait douze heures par élève. Maintenant, on ne doit leur en consacrer que trois, et travailler avec cinq ou six élèves, du CP à la terminale, dans plusieurs établissements. » Des déplacements qui fragilisent encore davantage leurs journées. « C’est accidentogène », rappelle Sandrine, qui en a malheureusement fait une fois l’expérience.

Isabelle aussi aime son métier,. Mais elle aimerait surtout qu’il soit davantage valorisé, et en premier lieu en matière de salaire. « On est la soupape des écoles et des parents, surtout des mamans. On est un peu tout pour nos élèves : leur accompagnante, leur psy, leur grande sœur, on s’occupe de leurs soins en cas d’épilepsie, par exemple. »

Des lycéens préoccupés par leur avenir

Les plus jeunes manifestants espèrent aussi être écoutés. Alix et Inès, en classe de seconde au lycée de La Salle, à Rennes, mentionnent les travaux dont leur établissement aurait besoin, ainsi que le manque régulier de professeurs, ce qui pénalise leur scolarité. « Et on est aussi là contre les violences policières. » Les images du lycéen de 14 ans gravement blessé à la bouche par un tir de lance-grenades Cougar, dans le Val-d’Oise lundi matin, sont dans tous les esprits. Dans le cortège, la peur du face à face imminent avec les forces de l’ordre est palpable. « Apparemment, ils ne sont pas contents », soufflent plusieurs adolescents.

Ce qui n’a pas dissuadé certains d’entre eux de bloquer leur lycée. « On l’a fait pour politiser les gens », expliquent Joël et Sacha, deux frères jumeaux en terminale au lycée Jean-Macé. « On est solidaires avec des lycées plus populaires, qui ont davantage de difficultés. » Ils constatent un « climat anxiogène » pour eux, ainsi que pour leurs parents, pour qui l’âge de la retraite est encore loin. À la présidentielle d’avril et mai 2027, pour la première fois, ils pourront voter.

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