Coups de rabot sur les prestations sociales, gel des APL, absence de revalorisation du point d’indice de la fonction publique, hausse de la participation forfaitaire du CPF… On savait que le budget 2027 serait calamiteux, le gouvernement a réussi à faire pire. Si ces dernières semaines ont permis au Premier ministre, Sébastien Lecornu, de multiplier les bandes-annonces pour limiter le choc, certaines mesures présentées officiellement ce jeudi 1er octobre sont tout de même de bien désagréables surprises.
Épuiser les grand-mères pour épargner les milliardaires
Parmi les plus affectés par ces propositions, nos aînés en prennent pour leur grade. Les mesures présentées confirment un arbitrage redouté, celui de la mise à contribution des personnes retraitées. Pour les pensions mensuelles excédant 1 260 euros, le budget 2027 propose un taux d’indexation inférieur à celui de l’inflation. Au-delà de ce seuil, le gouvernement fixerait le taux exact par décret, avec une possibilité de mettre en place plusieurs paliers, qui impliqueraient une hausse réduite entre 1 260 et 2 000 euros, et encore diminuée au-delà de 2 000 euros. Autre rabotage prévu pour les retraites : un abaissement du plafond d’abattement de 10 % de 4 439 à 3 000 euros par foyer fiscal. Au-delà de l’incidence sur le pouvoir d’achat des Français concernés, ces mesures exposent 4,6 millions de foyers à un calcul de l’impôt sur le revenu moins favorable.
Le projet de loi de finances 2027 prévoit par ailleurs l’exonération de taxes pour faciliter des dons de plus en plus importants. Pour encourager les donations rapides, le gouvernement intègre des mesures fiscales exceptionnelles et temporaires au budget 2027. Dès janvier et jusqu’au 30 juin 2027, les dons familiaux de 50 000 euros ou moins bénéficieront d’une exonération d’impôts. Le plafond actuel est de 31 865 euros. Au-delà de ces abattements, le taux de taxation passerait d’un barème progressif pouvant atteindre les 45 % à un seuil fixe de 6 %, dans la limite des 100 000 euros. Un joli cadeau pour les personnes qui ont les moyens de transmettre de telles sommes.
L’art de taxer dans l’opulence
Beaucoup n’auraient pas osé, Lecornu l’a fait. Le budget 2027 prévoit d’imposer un délai de carence d’un an aux étrangers hors Union européenne arrivant légalement en France pour le versement de certaines prestations sociales. Concrètement, il faudra justifier d’un an de résidence continue dans l’Hexagone pour percevoir le moindre euro d’aides personnelles au logement (APL) ou d’allocations familiales.
Une aberration pour Olivier Noblecourt, président du collectif Alerte, un regroupement inter-associatif engagé dans la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion. « Il faut bien préciser qu’on parle de personnes en situation régulière sur le sol français, qui contribuent à la création de richesses, qui paient des impôts et qui cotisent pour la protection sociale. Donc on parle d’une rupture d’égalité très grave, puisque ces personnes ne seraient pas couvertes face à des risques de la vie importants, par des prestations familiales et locatives, alors qu’elles contribuent à les financer. C’est profondément problématique, d’autant plus que ça concerne les seules prestations qui, jusqu’à présent, n’étaient pas concernées par des mesures de durée de résidence. » Des délais de carence existent déjà pour les minima sociaux, à hauteur de cinq ans pour le RSA, et de dix ans pour le minimum vieillesse.
Olivier Noblecourt poursuit : « On est clairement dans une mesure qui, à la fois, va avoir un impact budgétaire très très faible, parce que le nombre de personnes concernées est extrêmement limité, et qui constitue une rupture avec notre modèle social, qui est fondé sur les besoins des personnes et pas sur les statuts administratifs, et encore moins sur la nationalité ». Il reprend : « On a le sentiment extrêmement grave qu’on est en train de paver la route d’une préférence nationale qui ne s’assume pas. C’est une concession à une revendication de l’extrême droite qui nous paraît inacceptable. »
Comme l’ombre d’une obsession
La couleur affichée par cet ensemble de mesures est assez claire. L’économiste Baptiste Royer, de la Fédération CGT de la métallurgie, met en perspective ce projet de budget. « Aujourd’hui, on a une dette qui augmente et un déficit qui est au-delà des 5 %, mais l’idée d’un État en faillite est complètement fausse. La question qui se pose, c’est : “Quel choix politique est fait pour répartir la richesse ?” »
Pour l’économiste, la réponse est claire. « En 2025, on avait 150 milliards d’euros de déficit public. Ce sont des chiffres qui nous paraissent énormes et, pour les résorber, le gouvernement est obnubilé par la question des dépenses. Chiffrées autour de 200 milliards, les aides publiques aux entreprises sont largement supérieures à ce déficit. C’est là qu’on voit qu’il y a un choix stratégique très clair, celui de la rémunération des actionnaires. »
Retraités, bénéficiaires des minima sociaux, malades, fonctionnaires… Difficile de ne pas déceler d’obsession dans les politiques budgétaires menées en France ces dernières années. L’opulence y prospère tandis que les plans d’économies accablent les personnes les moins aisées. Les économies engendrées par les rabots concernant les retraites dans ce budget 2027 sont estimées à près de 5 milliards d’euros. Un chiffre évocateur, selon l’économiste Gabriel Zucman, qui rappelle sur X : « Cinq milliards, c’est ce que rapportait l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui a été supprimé par Emmanuel Macron en 2017. »