Si la saison des incendies n’est pas terminée, les pompiers ont tout de même décidé d’ouvrir un nouveau front. Les syndicats de pompiers professionnels appellent, à partir de mardi 8 septembre, à une grève nationale. Les revendications restent les mêmes depuis plusieurs années : recrutement massif de sapeurs-pompiers, augmentation des moyens alloués aux services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et à la protection de leur santé.
Cette mobilisation succède à un été 2026 de tous les records pour les pompiers : multiplication des incendies partout en France, plus de 120 000 hectares partis en fumée, quatre morts et plus de 1 000 blessés chez les pompiers. « On manque de bras, de moyens financiers et matériels pour faire notre travail et ce sont les usagers qui en payent le prix », dénonce auprès de NVO.fr Sébastien Delavoux, sapeur-pompier et animateur du collectif CGT des SDIS, l’une des huit organisations de l’intersyndicale qui appelle à cette mobilisation qui doit s’étendre jusqu’au 20 octobre, date du vote sur le premier volet du projet de loi de finances, pour enfin obtenir « des actes à la hauteur des enjeux ».
Sept semaines de mobilisation
Mais ce 8 septembre donnant le coup d’envoi de la grève a aussi sa résonance dans l’agenda politique. Car c’est alors que les grandes lignes du projet de loi de modernisation de la sécurité civile seront présentées aux syndicats. L’aboutissement d’un processus qui remonte bien plus loin que les incendies de cet été, mais qui a été lancé à la mi-2024. Sa première mouture devait déboucher sur une adaptation des moyens, avec financements supplémentaires à la clé, mais elle a depuis été mise de côté. « Je me prépare à l’idée que demain on sera déçus. Il ne peut pas y avoir d’argent dedans car c’est le projet de loi de finances qui va décider », dénonce Sébastien Delavoux. Et de prévenir : « Donc dès demain, il va y avoir des débrayages, des mobilisations, par exemple dans les départements de l’Aisne, de l’Isère, du Calvados ou encore de la Charente-Maritime. On va matérialiser et visibiliser notre mobilisation. »
Une mobilisation de sept semaines donc, qui prendra en effet de multiples formes : occupation d’une place à Paris, manifestations, rassemblements devant les SDIS. Toutefois, même si la grève est suivie, elle n’aura aucun impact sur les secours : les quelque 44 300 pompiers professionnels, fonctionnaires des collectivités territoriales, peuvent être désignés par les SDIS ou réquisitionnés par les préfets afin d’assurer la continuité du service public.
« Si on ne gagne pas cette manche, on va à notre perte »
Une possibilité qui ne risque pas de faire baisser la mobilisation. « C’est du jamais vu. On n’a jamais eu autant de collègues qui veulent monter dans les bus à Paris pour manifester », constate Sébastien Delavoux. Une mobilisation aussi importante de la profession qui s’explique, selon lui, par une prise de conscience : « Les gens comprennent que si on ne gagne pas cette manche, on va à notre perte. Car on sait qu’on aura encore plus de difficultés à recruter, on sait qu’on va connaître des départs massifs si on n’améliore pas la situation. Alors il faut se dépêcher de mettre l’argent dont on a besoin pour pouvoir résoudre rapidement les problèmes. »
Pour tenter de faire adopter une loi à la hauteur des moyens réclamés, les syndicats de pompiers se sont entretenus tout l’été auprès des députés et des sénateurs. « On était encore ce matin en discussion avec des sénateurs pour leur faire part de nos doléances, certains camarades ont fait le tour des universités d’été de la gauche et des écologistes pour porter nos revendications », détaille Sébastien Delavoux.
Les pompiers réclament avant tout « un financement pérenne, juste et ambitieux », alors que les dépenses de fonctionnement des SDIS sont passées de 3,9 milliards d’euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025, selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales. Une augmentation du budget qui ne semble pas avoir suffi : « On a perdu plus de 1 000 camions pour aller dans les feux, on n’a plus assez de bras pour faire l’ensemble de nos missions et en plus on nous en rajoute chaque année », dénonce-t-il.
Un constat partagé par une multitude de rapports parlementaires ces dernières années. Ils pointent la difficulté à maintenir la cadence face à l’augmentation des missions sanitaires et des risques naturels, dans un contexte où la départementalisation des SDIS, engagée en 1996, a fait des départements leurs principaux contributeurs financiers. « Le gouvernement n’est pas encore prêt pour avoir une discussion sur une augmentation des moyens financiers, mais j’espère que cela va changer, même si je n’y crois pas trop. Là, on ne parle plus uniquement de la qualité du service rendu, mais bien de son risque d’effondrement », lâche Sébastien Delavoux. Il achève : « Et c’est la première fois ».