2 400 personnes interpellées dont 855 à Paris, des interventions policières particulièrement brutales, environ 3 000 commerces pillés selon un dernier décompte… Depuis la manifestation du samedi 17 octobre qui a réuni lycéens, étudiants, syndicats et Gilets jaunes, les images de violences et de dégradations saturent les réseaux. Tandis que la mobilisation portait entre autres sur la hausse du coût de la vie, l’abolition de Parcoursup et l’investissement d’urgence dans l’éducation, médias et réseaux sociaux se sont fait le relai d’images de vandalisme et de dégradations. De fait, l’importance des débordements tend à gommer les revendications de cette journée au profit d’un bilan délétère.
Au sein du cortège parisien le 17 octobre, on décelait déjà une forme d’amertume. Aux yeux des lycéens présents dans le cortège, il semble en effet plus facile pour le gouvernement de blâmer la casse que d’écouter leurs requêtes. « Il n’y a toujours aucune action qui a été prise pour ce qu’on demande. Les seules choses qu’ils font, c’est armer encore plus les CRS pour nous réprimer » estime une élève du lycée Hector-Berlioz à Vincennes.
De fait, confrontées à une réplique institutionnelle aussi féroce qu’aveugle, les revendications portées par les organisations et manifestants présents lors de cette journée de mobilisation ne pèsent qu’un bien maigre poids. « Pour nous il y a trois types de violences. La première violence c’est la violence de l’État. Ensuite il y a la nôtre, parce qu’on est énervé, et je la trouve légitime. Et enfin, il y a la violence répressive de la police », affirme une lycéenne de Jean Jaurès à Montreuil. Face à cette violence, la réponse de ces manifestants est avant tout celle de la convergence des luttes et de la solidarité entre les différentes causes défendues par celles et ceux qui se mobilisent, « ça fait plaisir, parce qu’on reçoit beaucoup de soutien des Gilets jaunes dans notre lutte, et qu’on les soutient également dans la leur. On est tous ensemble dans cette galère ! » poursuit-elle, approuvée par le hochement de tête de ses amis.
« Ils comptent sur les vacances pour que nous arrêtions de manifester »
Alors que ce samedi marquait également le début des vacances scolaires, la question se pose de la poursuite des manifestations. Pour les lycéens et les étudiants, il est clair que la mobilisation ne doit pas s’arrêter là : « On va rentrer de vacances dans nos lycées et retrouver nos établissements délabrés où on n’a toujours pas de profs et où les plafonds s’effondrent. Ça va simplement contribuer à enflammer le mouvement. » reprend l’une des lycéennes du groupe. « On ne prend pas plaisir à bloquer un lycée, notre but c’est quand même d’étudier. Mais on le fait pour se faire entendre », conclut son amie.
Un peu plus loin dans le cortège, un duo d’amies étudiantes brandit des pancartes où l’on lit « Soutien aux lycéen.nes 2026 ». «C’est important pour nous d’être là aujourd’hui, car on était lycéennes en 2018. À ce moment-là, il y avait eu les premières manifestations et le mouvement lycéen contre la mise en place de Parcoursup, et ensuite contre la réforme de Blanquer qui a ruiné le système des lycées en supprimant les filières », déclare l’une des deux étudiantes.
Présentes en soutien au mouvement général, elles sont avant tout descendues dans la rue ce samedi pour rejoindre la cause lycéenne, mais également pour faire entendre leurs revendications en tant qu’étudiantes et appuyer les autres secteurs mobilisés. « Pour nous, aujourd’hui c’est vraiment un mouvement plus général qui mobilise toutes les strates de la société. Nous on est étudiantes donc on a aussi nos revendications, mais pour tout le monde c’est un ras-le-bol général. »
À la question de savoir quelle sera la suite des mobilisations, la date du 24 octobre a été annoncée par une coordination de Gilets Jaunes, tandis que la grève intersyndicale se maintient le 5 novembre.