La mobilisation du 17 octobre 2026 va-t-elle prendre le relais du mouvement des lycéens, alors que démarrent les vacances de la Toussaint ? Ce qui est sûr, c’est que plusieurs syndicats, tels que l’Union syndicale lycéenne (USL), l’Union étudiante, l’Unef, la Fage, la Confédération paysanne ou Sud, mais aussi la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) ainsi que plusieurs figures des Gilets jaunes ont appelé à descendre dans la rue, ce samedi. De son côté, la CGT a invité à se mobiliser « partout où les conditions sont réunies ». Sur le site 17octobreGiletJaune.net, plus d’un millier de manifestations sont recensées dans toute la France, dont plus de 300 blocages de stations-service.
Force est de constater que depuis l’appel initial à la mobilisation, les mots d’ordre animant cette journée ont connu un destin bien particulier.
Vers la révolution ?
Lancé sur les réseaux sociaux huit ans après le mouvement des Gilets jaunes et quelques jours avant que les lycéens ne laissent éclater leur colère, l’appel du 17 octobre se concentre à l’origine contre la vie chère, la hausse des prix et, en particulier, celle du carburant. Au fil des jours, les mots d’ordre ont évolué, au point de prendre des airs d’appel à l’insurrection.
Benjamin Ferron, sociologue, maître de conférences à l’université Paris-Est Créteil et spécialiste de communication politique, perçoit dans le 17 octobre des « velléités de passer de la révolte à la révolution, face à un pouvoir présidentiel qui refuse d’entendre les voix de l’opposition à gauche, préférant écouter celle de l’extrême droite, avec en toile de fond l’élection présidentielle et le danger du Rassemblement national ». Selon lui, le cadre de la contestation est en train de s’élargir : « On a d’abord assisté à un mouvement de lycéens, auquel se sont greffés des profs et des parents d’élèves après les violences policières. Il y a eu par la suite une remise en question plus large du capitalisme, des médias Bolloré et, maintenant, il y a un croisement de groupes sociaux aux classes d’âge différentes qui se fait assez naturellement. »
Pour sa part, Stéphane Sirot, historien, spécialiste de la sociologie des grèves et du syndicalisme, observe que « les mouvements spontanés nés sur les réseaux sociaux portent naturellement une disparité de revendications. Mais la question des services publics est commune à toutes les mobilisations. Parce qu’au-delà du pouvoir d’achat, une partie de la population est actuellement en voie de paupérisation et en est rendue à revendiquer la simple possibilité de répondre à ses besoins fondamentaux ». Danielle Tartakowsky, historienne, spécialiste des mouvements sociaux, du syndicalisme et auteure de nombreux ouvrages sur les manifestations de rue, abonde en son sens : « La plupart du temps, la question des services publics, et plus largement celle de la justice et de l’égalité, sont au cœur des préoccupations. Ce qui semble se dessiner le 17 octobre, c’est une combinaison d’acteurs qui construisent leurs revendications à partir de choses très concrètes. »
Un terreau bien fertile à la contestation
Le 13 octobre, l’acte V du mouvement lycéen avait réuni 480 000 manifestants partout en France. Même des écoles prestigieuses, à l’image des Mines de Saint-Étienne, de Sciences Po Paris, des universités catholiques de Lille et de Paris ou bien encore la très select business school HEC, ont fini par être bloquées, en solidarité avec les établissements moins bien dotés. « Combien de mains arrachées, de lycéennes et lycéens révoltés, de professeures et professeurs consternés et de manifestations ignorées avant que le pouvoir en place agisse pour notre futur à tous ? », écrivaient ainsi les étudiants de HEC devant leur campus à Jouy-en-Josas (Yvelines).
Face à un gouvernement sourd aux revendications légitimes de la jeunesse et du monde du travail, qui s’enferre dans un projet de budget récessif et la répression policière, les colères pourraient donc finir par se rejoindre. « Il y a comme une convergence des crises susceptible de générer une convergence des luttes, avec des mobilisations lycéennes qui ne veulent pas mourir et qui peuvent être un point d’appui », commente encore Stéphane Sirot.
De fait, si l’appel du 17 octobre est né hors des contre-pouvoirs traditionnels que sont les syndicats, il intervient dans un contexte social, environnemental et international lourd. Cet été, la canicule et les méga-feux ont mis à rude épreuve les corps et ont donné à voir les effets du changement climatique. Le 29 septembre dernier, outre les pompiers, des milliers d’agents de la fonction publique manifestaient à l’appel d’une intersyndicale réunissant huit organisations représentatives. « J’ignore s’il y aura un après 17 octobre, mais assurément, il y a eu un avant, constate Danielle Tartakowsky. Depuis les Gilets jaunes, des mouvements sociaux se sont succédé contre la réforme des retraites, les violences sexistes et sexuelles, pour le climat… Les acteurs de la contestation se sont démultipliés avec des manifs de salariés, d’agriculteurs, de pompiers, de jeunes… » Concernant l’« après », notons cependant déjà que les organisations syndicales appellent à se mobiliser le 5 novembre pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie.
En attendant, pour ce 17 octobre, le ministère de l’Intérieur, qui s’attend à voir manifester entre 70 000 et 140 000 personnes, a d’ores et déjà fait savoir qu’il réautorisait l’usage des grenades assourdissantes, pourtant suspendu très récemment après qu’un jeune de 15 ans a perdu sa main, à Lens, lors du mouvement des lycéens. Comme une manière de souligner que les autorités ne comprennent décidément pas les aspirations de cette jeunesse qui justement entend aussi se mobiliser contre les violences policières.